‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 216 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Personne ne croira que la Ligue, ei> traitant avec le roi à des conditions si injurieuses pour ce prince , pût se persuader qu'il s'y soumettrait. Il y a donc toute apparence qu'elle ne le faisait que pour donner à son refus une espèce de tort dans l'esprit de la plus vile populace. '4W^ ^^ ^^^ ' ^^^^ de traiter cet écrit sérieusement i)«!t- d'y répondre secrètement , comme il aurait fedt , s'il avait cru qu'il pût le conduire à un accommodement, le sacrifia tout d'abord aux protestans. Ils donnèrent à la pièce toutes les qualifications qu'elle méritait. Elle révolta jusqu'aux catholiques même de la suite du roi. Ceux-ci trouvèrent que tout y était mal arrangé; qu'elle était pleine d'articles qui, n'étant pas nets, deviendraient une source inépuisable de difficultés ; qu'il y en avait certains dont l'exécution était absolument impossible. Ils dissimulaient ce qui leur avait fait le plus d'impression , c'est que , par la disposition des grâces et des faveurs , il n'en restait plus pour eux.

Le roi n'ayant fait de cet écrit d'autre usage que de s'attacher plus fortement ceux qui le servaient, fit une réponse fort courte et fort sèche au président Jeannin; elle était datée du camp devant Caudebec. Il n'est pas besoin d'en rapporter le contenu.

Le^ guerres civiles, surtout celles où la religion se trouve mêlée , donnent un air de licence et

d'effronterie qui en toute autre occasion aurait bien de quoi surprendre. Jeannin , scandalisé de ce qu'on avait traité son projet de ridicule, répliqua par écrit , et en s'adressant au roi lui-même , Qu'il s'étonnait fort du ton sur lequel on le prenait avec luiijQiie si l'on examinait bien son projet , on trou^èr!|it qu'il n'y avait pas encore assez bien traité la Ligue. Que la seule crainte qu'il avait eue en le fsûsant était d'en être désavoué , surtout du duc deNemours,qui,au lieu d'un gouvernement, s'était déjà formé une principauté dans le Lyonnais , de l'aveu de l'Espagne , et encore plus le duc de Mayenne , dont les intérêts y étaient assez négligés. La modération de Jeannin n'est-elle pas admirable? Qu'il lui semblait y avoir assez bien servi le roi , en ne parlant pas de lui faire donner des villes à la Ligue pour la sûreté de l'exécution de sa parole. Comme si celles qu'on y accordait aux gouverneurs ne faisaient pas le même effet ! Qu'il avait encore éludé , pour feûre plaivsir au roi , la question de l'hérédité des gouvememens. Cela est vrai; mais quelle difficulté . restait-il aux gouverneurs de se l'attribuer, après tous les autres droits dont il les revêtait?

Jeannin marquait ensuite au roi , avec une liberté que l'on peut bien nommer une impudence outrée, que, les armes des catholiques contre lui étant justes , non-seulement il ne devait point se

Page 1