‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 218 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

soumis à l'Espagne, qu'on l'avait été avant qu'on eût conçu l'espérance de voir le roi abjurer le calvinisme, et le comte de Mansfeld s'en retourna sans avoir rien fait. De plus, on avait changé un point qui parut toujours essentiel au prince de Parme, c'est qu'au ;^ lieu de convoquer les états à Reims , le duc de Mayenne avait fait consentir le pape et les plénipotentiaires de l'Espagne, qui étaient; don Diego d'Ibarra, le duc de Feria Inigo de Mendoce et le comte Jean-Baptiste de Taxis, qu'on les assemblât à Paris. Toutes ces personnes avaient espéré que dans une ville qu'elles tenaient entière par leurs alliances , leurs brigues ou leurs présens, elles pourraient faire jouer mille ressorts qui leur captiveraient tous les suffrages. Mais quand tout ce grand corps anarchique fut rassemblé , il se trouva traversé de tant et de si difféi^s intérêts, que les Espagnols, n'ayant que leur voix comme les autres, et destitués d'ailleurs des moyens de la faire écouter par la force , s'aperçurent bien qu'ils rencontreraient plus de difficultés qu'ils n'en avaient prévu; et ils craignirent dès ce moment de ne tirer d'autre fruit de tant de brigues et de sourdes pratiques que de tenir les choses plus long-temps brouillées, jusqu'à ce que la complication de tant de vues , et l'impossibilité de pouvoir jamais les unir, produisissent enfin

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d'elles-mêmes l'effet d'amener et de faire embrasser le parti de la raison.

Comment en effet pouvoir concilier le pape, ou plutôt ses légats ,- qui avaient leur objet particulier ? le roi d'Espagne , les ducs de Savoie et de Lorraine, les ducs de Mayenne, de Nemours, de Mercœur, de Guise, enfin les princes du sang, qui avaient aussi chacun un objet différent, et qui n'y étaient pas moins attachés ? Tous ces partis , sitôt que les états, furent ouverts, considérant que c'était là le coup de partie , eurent recours , chacun de leur côté , à mille stratagèmes qui se détruisaient mutuellement; et, suivant l'idée de ce qu'on appelle la fine politique, s'enveloppant et se dérobant sous de fausses marches pour tâcher d'amener les autres à leur but, ils joignaient à la multiplicité des avis déjà si embarrassans un flux et reflux d'opinions qui jetaient dans un labyrinthe où personne ne se connaissait plus. Aucun ne dit d'abord nettement sa pensée. Il semble qu'on se fiiit donné le mot pour se déguiser à l'envi , et pour faire deviner son objet.

Les Espagnols ne suivaient en cela que leurs maximes ordinaires et leur caractère particulier, ou cherchaient peut-être à sonder les esprits, pour découvrir si les Français- verraient de bon œil un prince étranger régner sur eux. Lorsqu'ils

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