LIVRE CINQUIEME
virent qu'en temporisant, leur but fuyait loin d'eux, ils vinrent enfin à proposer ce qu'ils avaient de plus raisonnable, le mariage de Tinfante' avec le cardinal de Bourbon. Tous les seigneurs fran-» çais , ayant à leur tête les Guises , attendaient que les Espagnols franchissent ce pas , et concouraient tous à un point commun , qui était de se servir de cette proposition pour mettre entre le roi ef
* Claire-Eugénie d'Autriche , seconde fille de Philippe II. Le duc de Savoie avait épousé Catherine , Taînée. Ce ne fut qu'après avoir essayé inutilement, par le ministère du cardinal de Plaisance, lé{>at, et du cardinal de Pellevé, de soumettre la France à une domination purement espagnole, par le mariage de cette infante avec le prince Ernest d'Autriche , l'aîné des frères de l'empereur. Les Mémoires d'état de Villeroi imputent à la cour de Madrid, comme une faute qui fit manquer la couronne de France à l'Espagne, de n'avoir pas voulu faire partir cette infante future reine que le prince qu'on lui destinait pour époux ne fût déclaré et reconnu; mais je doute fort que l'arrivée de cette princesse à Paris eût aplani toutes les difficultés. Selon de Thou, la brigue en faveur du duc de Guise se trouva un jour si forte par l'union de l'Espagne et du clergé de France, que, sans l'opposition qu'y mit secrètement son propre oncle , le duc de Mayenne , et la déclaration que le roi de Navarre fit semer à propos , qu'il était résolu d'embrasser la religion catholique, il y a toute apparence que ce prince allait être proclamé roi. « On loue le duc de Guise « (dit le père deChâlons, Histoire de France ^ topae 3, page 257, « après Matthieu ) d'avoir eu tant de modération en cette oc- « casion, qu'il ne laissa paraître aucune marque qu'il se flattât « d'une espérance aussi douce, ni aucun empressement pour « nifè si grande fortune, v
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le Cardin^ toute la haine qui peut animer deux rivaux décidés ; conséquemment , entre le roi et les chefs du parti contraire, le comte de Soissons , les ducs de Nevers , de Longueville et les autres. On laissa prendre à cette proposition assez de force pour qu'on en vînt jusqu'à dresser les articles, qui furent envoyés au cardinal par le canal de Bellozanne; mais tous les seigneurs se%éunissant ensuite, ils surent bien la faire tomber. A quel dessein ? On le pénètre ûicilement : afin que ce que ces seignem*s ôtaient au cardinal et aux autres princes du sang retombât sur eux-mêmes; comme les princes du sang, en paraissant s'oublier pour le cardinal, ne le faisaient aussi que par un retour vers eux-mêmes, qui lem* fit envisager qu'après lui la courpnne pourrait plus facilement leur venir que si elle passait sur une tète étrangère. Les Espagnols comprirent tout ce manège des princes lorrains; et on s'attend bien qu'ils ne leur pardonnèrent point.
Cet intérêt commun des grands qui les unissait contre l'Espagne et contre les princes du sang venait ensuite à se diviser en autant de branches qu'ils étaient de têtes; chacim croyait la sienne propre à porter le diadème. Le dépit et la jalousie se mirent bientôt de la partie , et l'on en vint à se disputer la couronne pour le seul plaisir de^