‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 221 sur 231 · UVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

UVRE CINQUIÈME

n'était rien moins qu'une pensée nouvelle ; il n'y avait personne qui ne l'eut , et qui ne sentît l'injustice d'en user autrement ; mais il semble qu'il lui manquait, pour entraîner les esprits, d'éti-e proposée avec poids et gravité. L'arrêt porta coup. Les droits de la famille royale commencèrent à paraître sacrés à mille personnes qui n'y pensaient pas un moment auparavant. L'Espagne, que cet arrêt frustrait de son attente, pouvait encore parer le coup en s'unissant aux Lorrains , sur les» quels il retombait comme sur elle ; mais plus elle croyait avoir eu droit de compter sur leurs sufifrages, plus elle devint irréconciliable contre eux dès qu'elle s'en vit trahie. Us ne purent jamais se rapprocher, et leur éternelle mésintelligence préparait insensiblement la victoire à leur adversaire commun.

Il n'y avait plus qu'un pas à faire pour cela; mais le clergé ' empêchait fortement qu'il ne fût

' Tous les mémoires de ce temps-là font foi des procédés violens et des discours emportés du cardinal de Plaisance, légat de presque tous les évéques de France, des curés de Paris, et de la Sorbonne : « Débourbonnez-nous , Seigneur, » c'est l'explication que donnait un prédicateur de cette parole de récriture sainte : Eripe me , Domine , de lato fecis. Il y a Hne intinité de traits pareils dont assurément on ne peut excuser la malignité par le zèle pour la religion. De Thou remarque que le clergé fut le seul des trois états qui conseillât opiniâtrement la guerre.

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fait. La chose s'arrêta encore là quelque temps. On reprit, comme par amusement, quelques-uns des projets usés. Les différentes espérances se ranimèrent pour s'éteindre bientôt et tout-à-fait ; car cliacun convenant tacitement que, si le roi^ abjurait, ce point finissait toute contestation, Favis de l'y amener entraîna enfin toutes les voix ; et l'on s'y attacha, non plus légèrement comme auparavant, mais par une vue plus nette et plus distincte du véritable avantage de l'état : vue qui devint dès ce moment celle du parlement et de tout le peuple , et ne souffrit plus d'opposition , que celle qu'il plut encore à quelques seigneurs d'y apporter pour leur intérêt personnel.

Les ducs de Mayenne, de Nemours et de Mercœur furent ceux qui témoignèrent le plus d'opiniâtreté, comme il était naturel à ceux de tous qui s'étaient le plus flattés ; mais avec toute leur mauvaise intention, ils ne purent empêcher qu'on ne proposât dans les états, et qu'on ne fît passer à la pluralité des voix une conférence avec le roi.

' Il est démontré aujourd'hui non-seulement que Henri IV était le seul légitime héritier de la couronne (il n'y a jamais eu le moindre doute sur ce point), mais encore qu'en sa personne les trois races de nos rois se trouvent réunies. Voyez-en la preuve dans le troisième volume du nouvel ouvrage, qui m pour titre : Généalogie historique de toutes les maisons souve raines y vingt-deuxième table généalogique.

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