‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 222 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Il était du moins en leur disposition d'en rompre ou d'en suspendre l'effet, et ils ne manquèrent pas de le faire. Pour cela, ils remuèrent ciel et terre. Ils firent agir leurs émissaires. Ils profitèrent du mauvais succès du roi ' devant Selles. Ils firent avancer Mansfeld, qui prit Noyon. Ils donnèrent toute la force qu'ils purent au refus que le pape venait de faire au cardinal de Gondi ^ et au marquis de Pisany , envoyés de la part du roi, d'entrer dans Rome , ou même de mettre le pied sur les domaines de sa sainteté. Pouvaient-ils se flatter qu'on ne remarquerait point l'irrégularité de ce procédé , après qu'on les avait vus protester tant de fois qu'ils n'agissaient que pour la religion, et qu'ils étaient prêts à se soumettre à Henri dès le moment qu'il quitterait ses erreurs? Aussi personne ne s'y trompa, et quoiqu'ils empêchassent tout le fruit qu'eut pu avoir la conférence tenue pendant le mois d'avril , à Surêne ^ ,

' Le voyage que Henri IV fit du côté de Tours, et la nécessité où il se mit de lever le siège de la ville de Selles en Berry, furent regardés en ce temps-là comme des fautes considérables.

" Pierre de Retz, cardinal de Gondi; Jean de Vivonne marquis de Pisany.

* A la fin d'avril , et pendant une partie du mois de mai. Voyez-en les actes , tome 8889 des manuscrits de la bibliothèque royale ; Mémoires d'état de Filleroi, tom. 4 ; Matthieu et Cayet, ihid., etc. L*archevéque de Bourges , qui soutenait

OÙ jugea que c'était le dernier effort d'un pouvoir expirant On vit clairement que, si le roi, après avoir consenti qu'il n'entrât dans cette conférence aucun député de la religion , ne s'était pas encore rendu, c'était parce que les ligueurs s'étaient montrés plus difficiles eux-mêmes sur le temporel que le roi sur le spirituel. Le peuple surtout lui rendit ime justice entière , et les douceurs d'une trêve qui fut l'unique bien et le résultat de la conférence achevèrent de le mettre dans ses intérêts. Je reviens plus particulièrement à ce prince.

Il faisait toujours sa résidence à Mantes, où toute sa prudence suffisait à peine à lui conserver entier un parti composé de personnes si diffé* rentes dans leurs sentimens. La tenue des états l'avait alarmé d'abord, et avec d'autant plus de raison , que la première idée qui s'offrait à l'es» prit, c'est qu'une assemblée en apparence si au* guste et si respectable aurait bientôt trouvé un remède aux maux de l'état. Dans cette crainte, le roi commença à flatter les catholiques plus enla cause du roi, l'appuya de rautorité de saint Paul, qu*on est obligé d'obéir aux princes païens et idolâtres, des libertés de réglise gallicane , et de plusieurs autres preuves sans réplique. Tout insoutenables que paraissent les raisons alléguées au contraire par l'archcTéque de Lyon^^les réimportèrent dans cette conférence. ^

Page 1