LIVRE CINQUIÈME. 4? I
core que de coutume. Il fit même, comme on vient de le voir, quelques démarches pour rechercher le pape, afin de ne pas éteindre dans les uns et les autres la seule espérance qui pouvait les empêcher d'en venir avec lui à une rupture éclatante. On juge bien que cela ne se fit pas sans réveiller tous les murmures des huguenots ; mais ce prince avait sagement pris les devans, et il parais^ sait qu'il ne se faisait rien qu'en conséquence de ce conseil général de la religion , dont on a vu que le résultat avait été de tourner la chose en mena* gement et en négociation. Lorsque leurs pflaintes prenaient trop de force , et que le roi voyait qu'il y avait lieu de craindre qu'ils ne se portassent à quelque extrémité fâcheuse contre lui, il savait les apaiser par quelque expédition militaire , qui ne faisait que convaincre encore davantage les peuples que ce même prince qui leur paraissait si doux et si débonnaire n'était pas moins digne de leur commander par sa valeur et sa capacité dans la guerre.
Dès qu'il fut instruit du peu d'union qui régnait dans les états, du trouble et des •contestations qui naissaient à chaque parole , il regarda cette assemblée comme le plus heureux acheminement à ses desseins, et il n'eut plus d'autre embarras que celui de bien régler sa conduite avec ce grand nombre d'entremetteurs qui so
mêlèrent de ses affaires sitôt qu'il eut été proposé dans les états de traiter avec lui. Ce prince n'aurait dès-lors trouvé aucun obstacle à la couronne, s'il s'était montré d'humeur à satisfaire aux demandes excessives que les seigneurs. et les autres membres de la Ligue commencèrent à lui faire fa.ire ; mais il ne voulait pas que la postérité lui reprochât qu'il ne devait la dignité royale qu'à la bassesse qu'il aurait eue de la soumettre à l'avidité et au caprice de ses sujets. C'est se montrer bien digne du trône que de savoir si bien combattre le penchant et l'empressement naturel à y monter.
Je dois pourtant rendre justice ici à quelquesuns d'eux. Le nombre n'en est pas grand, mais je serais bien caution que MM. de Bellièvre ' , de Belin et Zamet, par exemple, n'eurent, dans les démarches qu'ils firent auprès du roi, aucun égard à leurs intérêts. Il y en peut avoir encore quelques autres dont je ne puis rien présumer ni assurer. A l'égard de tout le reste, je me contente de nommer les principaux agens auprès du roi, tant de la part de la Ligue et des états que du clergé et des seigneurs français. Je ne répéterai point les noms déjà indiqués ; j'y joins seulement le cardinal de Gondi, les maréchaux d'Aumont et
' Pomponne de Bellièvre, François de Faudoas d'Averto, Sébastien Zamet.