LIVRE CINQUIÈME
de Bouillon , l'amiral de Biron , MM. d'O , de Vitry, de Lux , Duplessis , La Verrière , de Fleuri et l'abbé de Chesy ; beaucoup d'autres sont demeurés confondus dans la foule , quoiqu'il n'y en eût pas un d'eux qui ne s'assurât que l'histoire parlerait un jour de lui comme de celui qui avait frappé le grand coup. Je comptai un jour au roi, par leurs noms, plus de cent de ces personnages. Au reste, on présenterait ici une belle décoration, si l'on pouvait ouvrir et montrer, pour un moment, le cœur de tous ces conseillers si ardens : vanité, désir de la faveur, bas intérêts, vils artifices, jalousie, fourberie, trahison, c'est là tout ce qu'on y découvrirait.
Il y en eut qui ne quittèrent pas même au dernier moment le masque qui leur faisait abuser du privilège d'aborder le prince pour le trahir plus sûrement, et pour lui tendre des pièges que tout autre n'aurait jamais évités. C'est à regret que je nomme en cet endroit Villeroi ^ et Jeannin ; mais
' Dans le premier tome des Mémoires d'état de Villeroi, qui n'est guère qu'une justification de toute la conduite de ce secrétaire d'état, il avoue sincèrement que rien n'eût été capable de lui faire prendre le parti de ce prince , s'il ne se fût pas converti, et si avant tout, on n'eut pris toutes les mesures nécessaires pour mettre la religion en sûreté. Il n'est pas be-soin de rapporter les raisons qu'il en donne. Il convient encore avec la même sincérité de ses liaisons avec la Ligue et l'Espagne, et du principe politique où il était, qu'en faisant la
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le fait est trop connu et la confusion qu'ils essuyèrent depuis , lorsque le roi leur en fit publiquement à Fontainebleau de justes reproches , en est la conviction, aussi-bien que la manière intéressée dont Villeroi se comporta dans la suite. Deux jours «eulement avant l'abjuration du roi,
paix, il était très- avantageux de séparer le roi d'intérêt avec l'Angleterre, et de l'unir avec l'Espagne. Sur cet article, ses raisons, quoique sans doute elles ne seront pas goûtées de ceux qui pensent comme Sully, sont pourtant encore plus plausibles. Pour tout le reste, il s'en défend fortement. Il proteste qu'il n'a jamais reçu d'argent de l'Espagne, et qu'il n'a assisté ni aux états, ni à aucun autre conseil, qu'avec une véritable intention de travailler pour le roi et pour la paix.
Quant au serment de la Ligue dont parle ici le duc de Sully, et qui est l'article le plus grave, de Villeroi est si clairement justifié dans Matthieu, tome a, page i53 et suïy ,yChronoL novenn, liv. 5, fol. 229, et dans quelques autres historiens, qu'il ne reste qu'à avouer qu'il y a erreur sur ce fait dans nos mémoires. Selon ces historiens, non-seulement Villeroi n'eut aucune part à ce serment, mais encore il l'ignorait îibsolument, lorsque Henri IV lui montra cet écrit à Fontainebleau, et qu'il le chargea d'en faire des reproches au duc de Mayenne ; que Villeroi travaillait dès lors très-sincèpement, et par ordre de ce prince même , à le séparer de la Ligue. Mais ce qui est plus positif encore , c'est que Villeroi faisant honte au duc de Mayenne de cette criminelle démarche, Mayenne lui répondit en propres termes. « Je ne vous ai rien voulu dire de ce série ment, ni au président Jeannin, tant parce que j'avais donné * parole au légat et aux ^Espagnols de ne vous en rien dire, « que pour n'ignorer que vous n'eussiez jamais approuvé l'uft sage de ce remède. » Matthieu, page i55.