‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 225 sur 231 · LIVRE CINQUliîME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUliîME

ces deux messieurs s'employèrent si utilement, qu'ils firent tenir une assemblée secrète, composée des ministres du pape, de ceux de TEsp^gne, et des principaux partisans de la Ligue , soit en personne, soit par procureurs pour les ducs de Nemours et de Mercœur absens , dans laquelle le légat fit jurer à tous sur la croix, l'Évangile et même l'hostie, de soutenir la Ligue jusqu'à ce qu'on vît sur le trône de France, j'ai peine à le dire, un roi agréable à l'Espagne; et surtout de ne jamais reconnaître pour tel le roi de Navarre , quand même il joindrait aux droits de sa nais* sance celui d'une abjuration sincère. Ce serment, si plein de religion et de charité, fut enfermé dans un paquet signé de tqute l'assemblée, et envoyé à'Home. C'est par une lettre que le cardinal de Plaisance écrivait à quelques membres du parle^ ment, et dont le porteur fut arrêté à Lyon par des soldats du roi, qu'on eut connaissance de cette pièce. Peut-on se jouer à ce point de la bonne foi , de la vertu et de la religion ? Ce trait , quoique anticipé, me paraît ici à sa véritable place.

Parmi cette foule de négociateurs et de con* seillers il y en avait beaucoup qui croyaient tromper le roi, et qui ne faisaient que se tromper eux-mêmes. Ce prince les laissait dans cette bonne opinion, pour persuader, non pas ces intrigans, mais le peuple , de la facilité à l'amener au point

où on le souhaitait. Je parle pour l'avoir su du roi lui-même. Je me souviens qu'un soir, c'est, je crois, le i5 février, après que tout le monde se fut retiré de son appartement, le secrétaire Féret vint me chercher fort secrètement de sa part, et m'introduisit dans sa chambre, où je le trouvai couché. Il était obligé , ainsi qu'il me l'avoua, de prendre cette précaution toutes les fois qu'il avait à m'entretenir , pour ne pas révolter les catholiques, non plus que les protestans, qui, par jalousie , me haïssaient peut-être encore plus que ne faisaient les premiers par aversion naturelle. Après qu'il se fut plaint de cette contrainte dans des termes tout-à-fait obligeans pour moi, il me parla des affaires qui occupaient alors le tapis, et du manège des courtisans pour se donner l'honneur de la décision. J'avais dit, et on l'avait rapporté au roi, que j'appréhendais que sa facilité ne lui fît accorder plus qu'il ne devait. Je connus que je m'étais trompé par la manière dont ce prince me représenta Fétat des affaires, et me peignit les différens caractères de tous les solUcitans. Si je fus surpris de la justesse avec laquelle il. démêlait du premier coup-d'œil la vérité au travers des voiles dont on l'obscurcissait, je ne fus pas moins charmé, lorsque, soumettant ses lumières aux miennes , il voulut que je lui prescrivisse la manière dont il devait achever

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