LIVRE CINQUIÈME
motifs que lui vint l'idée de sa conversion, et j'avoue que moi-même je ne lui en inspirai point d'autres , fortement persuadé , comme je l'ai toujours été, quoique calviniste, sur l'aveu que j'en ai arraché aux ministres réformés les plus savans , que Dieu n'est pas moins honoré dans l'église catholique que dans la protestante; mais dans la suite , le roi se sentit amené au point de regarder la religion catholique comme la plus sûre. Le caractère de candeur et de sincérité que j'ai toujours remarqué dans ce prince me fait croire qu'il aurait mal soutenu pendant tout le reste de sa vie un pareil déguisement.
Au reste, qu'on ne juge point mal de l'aveu que je fais ici. Il n'est pas surprenant que Henri , qui n'avait jamais autant entendu parler de religion que dans ces conférences et ces controverses continuelles, se laissât entrsuner du côté qu'on avait soin de rendre toujours victorieux; car il faut remarquer, comme un fruit de la sage attente du roi, qu'enfin tout le monde, jusqu'aux protestans, je dis plus, jusqu'aux ministres même réformés employés dans les conférences, vinrent enfin à être fortement persuadés que le changement de religion du roi était une chose absolument nécessaire pour le bien de l'état , pour la paix , enfin pour l'utilité même des deux religions. Dans cette disposition , il se fit une espèce de conspira-
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tion géoéraW dan3 les esprits pour l'y amener. Les ministres réformés ou ne se défendaient plus ou se défendaient si faiblement, que l'avantage demeurait toujours du côté de leurs adversaires. Ils ne murmuraient point de ce que souvent on se pas^it d'eux aux conférences. L'abbé du Perron , qui ét^it là comme dans le lieu de sa gloire , n'était pas homme à perdre le fruit de sa victoire , avec c^t entretien doux et insinuant, cette élor quence forte et persuasive , ce fonds inépuisable d'érudition, toujours exactement servi par im^ mémoire prodigieuse, qu'on ne poiivs^it ni terrasser ni convaincre de faux qu'à l'aide de toute une bibliothèque, espèce de défense bien languissante. De la Qomplsiissince à la flatterie avec un prince il y a peu de distance. Quelques-un^ des ministres réformés, qui approchaient le plus de la. personne du roi , et qu'il consultait sur ses difflcultés , trahirent formellement leur croyance, ou flattèrent, par un embarras concerté, la religion qu'on regardait déjà comme ceDiQ du prince.
Les cb^^s du pc^rt^ protestant n'en vinrent pas si facilement à ce point; il y avait des momens où on les trouvait intraitables. En vain on leur remontrait que leur opiniâtreté était: capable de faire perdre la couronne au roi, et que, dans la nécessité qu'elle fut possédée par un prince catholique, c'était un avantage, pour eux. que ce
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princQ fût CQlni-là. mêim qui les a^ait- affectÛHuiés si LoB^- temps , et sor les égards duquel ila pou^ yaient compter. Ils s'étaieaU flattés, de yoir un prince de l^ur religiou sur le trôm^, et le calvi^ Qîsme devenir la i?eli^on dominante dana le royaume; il leur paraissait dur d'être privés de cet avantage : c'est une perte que l'amour-propre £ait regarder comme irréparable dans, toutes, les religions ^ .
Le roi essuya^ un de ces accès de: mauvaise: hu>m.eur , lorsqpe quelque^-uoes^des. principales villes du royaume, lasses: de gémii- sous. l'oppressioiE d'une in&nité de petits tyrans,, firent une pne^ mière démarche auprèade saimajesté,.etlui dépui^ tèrent le comte de.Belin pour lui demander la K« berté du commerce. Henri était à. Mantes^ ou k yernon lorsque Belin vint lui. faire cette proposir tipn, qu'il ne reçut qu'en r présence de tout sni> cpiiseil. Il n'^F eut pas un protestant qui se mpni* trât d'avis dq Ifaccorder. Il est encore plus>singu^ liçr qu'elle trouvât une égale opposition de la part des. catholiques, sans: qu'ils pussent en rendre un&
' « Si je suivais votre avis , répondit Henri IV au ministre « La Faye, qui lui faisait: des remontrances de la 'part du partf- « prot^tant, il n'y.auriiitniroi ni royaume dans peu de tempt? « en France. Je désire donner la paix à tous mes sujets , et le <t repos à mon âme. Voyez entre vous ce qui est de besoin « pour votre sûreté , je serai toujours prêt de vous faire coiit <«4enter. » Chromd, nôvemu ibid^
4^ MEMOIRES DE SULLT.
tion géuéraW- dan3 les esprits pour Ty amener. Les ministres Kéfprmés ou ne se défendaient plus ou se défendaient si faiblement, que l'avantage de- H^eurait toujours du côté de leurs adversaires. Us ne murmuraient point de ce que souvent on se pas^it d'eux aux conférences. L'abbé du Perron , qui était là comme dans le lieu de sa gloire , n'était pas homme à perdre le fruit de sa victoire , avec cet entretien doux et insinuant , cette élor quence forte et persuasive , ce fonds inépuisable d'érudition, toujours exactement servi par im^ mémoire prodigieuse , qu'on ne poiivs^it ni terra/5ser ni convaincre de faux qu'à l'aide de toute une bibliothèque, espèce de défense bien languissante. De la Qon^plaissince à la flatterie avec un prince il y a peu de distjanqe. Quelques-un^ des ipinistres réformés, qui approchaient le plus de la. personne du roi , et qu'il consultait sur ses difflçultés y trahirent formellement leur croyance, ou flattèrent, par un embarras concerté, la reUgion qu.'on regardait déjà comme celle du prince.
Les cb^^s du pfi^ft^ protestant n'en vinrent pas si facilement à ce point; il y avait des momens où on les trouvait intraitables; En vain on leur remontrait que leur opiniâtreté était: capable de faire |)€ypdre la couronne au roi, et que, dans la nécessité qu^elle fût possédée par un prince catholique, c'était; un avantage, pour eux. que ce
princQ fut celai-14, même qui les avaitraffectioiuiés si. Long-temps , et sor les égards duquel ila pou^ ys^ent compter. Ils s'étaienH flattés, de yoir un p.i:iQçe de l^ur religion sur le trônî»^ et le calid^ Qisme devenir la i;eli^on dominante dana le çoyaume; il leur paraissait dur d'être privé» de cet avantage : c'est une perte que l'amour-propre £alt regarder comme irréparable danS: toutes, les religions ^ .
Le rpL essuya, un de ces accès de: mauvaise huv meur , lorsqpe quelques*une$ides< piihcipales villes du royaume, lasses: de gémis* sous. FoppressioiE d'une incité de petits tyrans,, firent une pve^ mière démar^che auprèsde saimajesté^.etlui dépui^ tèrent le comte deBelin pour lui demander la li« berté du commerce. Henri était à; Mantesi em- k yernon lorsque Belin vint lui faire cette proposir tipn, qu'il ne reçut qu'enrprésence de tout sni> cpQseil. Il n'y eut pas un protestant qui se mom* tràt d'avis dq l'accorder. Il est encore plus^singuh lier qu'elle trouvât une égale opposition, de la part des catholiques, sans, qu'ils pussent en rendre un&
* « Si je suivais votre avis, répondit Henri IV au ministre « La Faye, qui luifaisait^des remontrances <le la part du part^- « protestant, il n'y.Aur|dtniroi ni royaume dans peu de temptj « en France. Je désire donner la paix à tous mes sujets , et le n repos à mon âme. Voyez entre vous ce qui est de besoin « pour votre sûreté , je serai toujours prêt de vous faire coii'-, «tenter. » Chromd, nùvéfou ihid^
49^ WakOlKSS DE SUIXT.
Du Perron, pour lequel j'avais obtenu Térédié d^vreux , crut ne pouvoir mieux mè témoigner m reconnaissance qu'en exerçant sur moi la fonctkm de convertisseur. Il m'aborda avec toute la confiance d'un conquérant, et me proposa d'assister k une cérémonie où il se flattait de se montrer avec tant de lumières , qu'il n'y avait point de ténèbres qu'elles ne disâpassait : « Monsieur, flt lui répondis-je , je n'ai que faire d'être présent « à vos disputes pour savoir de quel côté seront, c les plus fortes et les plus valables raisons ; l'état a des affaires, votre nombre et vos richesses rec quièrent que vos distinctions prévalent, d Elles prévalurent en effet. La cour se trouva très-nombreuse à Saint-Denis , et tout s'y passa avec beau- *coup d'appareil et de pompe. Je suis dispensé de m'arréter sur une description que les historiens ' catholiques feront avec autant d'étendue que de complaisance.
Je ne m'attendais pas qu'en cet instant on aurait encore besoin de moi. Je me tenais retiré comme un homme qui n'a aucun intérêt au spectacle qui se donnait , lorsque je vis arriver du Per-
' Voyez, outre les historiens cités ci-dessas, Mézerai; le vol. 8935, manuscrit de la bibliothèque du Roi, où sont encore rapportées la lettre que le roi écrivit ensuite à sa sainteté, la procuration donnée à du Perroti allant à Rome prêter l'obéissance au pape, la déclaration dn roi sur i«s motifs de sa conversion , etc.