‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 25 sur 231 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

courir d'un autre côté à lui Éaire sentir le danger qui s'approchait. Car on disait hautement que Genlis et La Noué ' , envoyés au secours du prince d'Orange , avaient été défaits par la connivence de là cour de France , laquelle , dans l'incertitude du succès de l'objet principal de sa dissimulation , ne s'accommodait pas de tous les effets qu'elle eût pu produire. On était encore instruit des conférences que là reine et ses principaux ministres avaient avec le cardinal Alexandrin , neveu de Pie V , et avec les Guises ; ces derniers ayant été découverts deux fois s'entretenant masqués avec le roi, la reine-mère, le duc de Retz * et le chancelier de Birague ^. Il n'en fallait pas davantage pour mon-

' Jean d'Angest d'Ivoy, de rancienne maison de Genlis; François de La Noué ^ gentilhomme le plus renommé qu'il y eût alors parmi les protestans, estimé même des catholiques. L'amiral , en parlant de ce malheur à Charles IX , l'imputait au peu de secret qu'on gardait dans le conseil. Charles IX fit demander au duc d'Albe, par Claude Mondoucet, son résident dans les Pays-Bas, les gentilshommes français protestans qui avaient été faits prisonniers. De Thou, 1572, liv. 5i.

* Albert de Gondi, duc de Retz, maréchal de France.

'René de Birague, Milanais, évêque de Lavaur, ensuite cardinal ; il n'était alors que garde des sceaux , et ne fut fait chancelier que l'année suivante , après la mort du chancelier de L'Hôpital. Voyez son éloge dans les négociations de Busbec. {Aug, Gist, Buhesquiy epist, 29.) On disait de lui qu'il était cardinal sans titre, chancelier sans sceaux, et prêtre sans bénéfice.

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trer ce qu'on devait penser de leur disgrâce prétendue. On crut apercevoir dans la mort de la reine de Navarre * des indflÊès assez clairs d'empoisonnement. Il passait^our constant que le coup dont l'amiral fut blessé lui avait été tiré» de la maistài de Villemur • , précepteur des Guises, et que l'asjsassin avait été rencontré" fuyant sur un cheval de

' Elle était logée chez Charles Gaillard , évéque de Char^ très, homme fort suspect de calvinisme. Elle y fut prise d*iuie fièvre continue très-violente, quelques jours après son retour de Blois, où elle avait siiivi la cour, et mourut le cinquième jour de sa maladie. Il y a une assez grande divernté d'opinions sur le genre de sa mort. Les mémoires de l'Étoile, d'Aubigné, et tous les calvinistes décident pour le poison, qui fut domié à cette princesse, disent-ils, par un Florentin nommé René, parfumeur de la reine-mère, dans une pairç de gants. De Serre donne à entendre que les médecitti qaiouvrirent son corps avaient ordre de ne point toucher au cerpau, où s'était attaché le poison. Mais ils sont tous fortennent contredits par Le Grain, qui veut, avec beaucoup d'autres, qu'elle soit morte de pleurésie, pour sVtre échauffée aux préparatifs des Doçes de son fils, à quoi se joignit le dépit de ce qu'on l'obligea à tendre devant sa maison, au passage du Saint- vSacrcment , le jour de la Fête-Dieu ; par La Popelinière, qui lève tout soupçon de poison ; par Péréfixe ; par de Thou , qui assure que Charles IX ordonna que la tète de cette princesse fût ouverte comme le reste du corps ; et que, si les médecins ne le firent point, c'est qu'ils trouvèrent la véritable cause de sa mort dans un abcès qu'elle avait au-dedans du corps. C'est aussi le sentiment de l'historien Matthieu.

' Pierre Pite de Villemur.

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