‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 3 sur 231 · DE UABBÉ DE L'ÉCLUSE · texte numérisé non relu

DE UABBÉ DE L'ÉCLUSE

Les Mémoires de Sully ont toujours été mis au rang des meilleurs livres que nous ayons. Cette vérité , établie depuis long-temps par le jugement de tous nos bons critiques et de tous les amateurs de la littérature , me dispensera d'entrer ici dans une discussion inutile pour ceux qui connaissent ces Mémoires. A l'égard de ceux qui ne les ont jamais lus, il suffit, pour leur en donner une idée, de dire qu'ils comprennent l'histoire de ce qui s'est passé depuis la paix de lôyb jusqu'aux premières années de Louis XIII , c'est-à-dire l'espace de plus de quarante années d'un temps qui a fourni la plus abondante matière aux historiens de notre monarchie , et qu'ils traitent du règne, ou, pour mieux dire, de la vie presque entière de Henri le Grand. Ils supposent , à la vérité , quelque connaissance des troubles . précédens , qui n'y sont I. a

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mentionnés que par occasion ; mais aussi ils en exposent toute la suite dans le plus grand de'tail . Les événemens y sont aussi varies que nombreux : guerres étrangères et civiles, intérêts de politique et de religion , coups d etat éclatans, dénoûmens imprévus, efforts de l'ambition , ruses de la politique , ambassades , négociations , tout cela s y trouve , et n'en fait encore qu'une partie.

Les mémoires de Sully tirent un autre pri^, peut-être encore plus grand , d'une infinité de récits plus particuliers, qui ne sont pas du ressort d'une histoire. C'est l'avantage propre aux mémoires : ils souffrent la multiplicité des sujets et toute la variété des incidens qu'on y veut faire entrer ; et d'ailleurs ils ne sont point assujettis au joug que la nécessité impose à l'histoire de ne rien omettre de ces choses trop générales dont on sent soi-même tout le dégoût en les écrivant.

Veut-on bien faire connaître un prince dont on va parler , il faut que le tableau de aa vie privée soit sans cesse mis en regard avec celui de sa vie publique. Il faut le montrer au milieu de ses courtisans , avec ses domestiques, dans les momens où il s'observe

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le moins ; établir son caractère par ses lettres et ses discours. Les passionsse peignent mieux elles-mêmes par une simple parole rapportée d'original que par tout Tart que peut employer l'historien. Or, les mémoires de Sully remplissent si parfaitement cette idée par rapport à celui qui en est le sujet principal , que ce n'est qu'après les avoir lus que l'on connaît véritablement Henri IV. Ce qu'ils nous représentent de ce grand prince , dans Ta bonne comme dans la mauvaise fortune , envisagé comme particulier ou comme roi , comme guerrier ou comme politique ; enfin comme époux , père, ami , etc. , est marqué à des traits si sensibles , qu'on ne peut s'empêcher de s'intéresser aux particularités de sa vie , même les plus indifférentes. Je n'en excepte tout au plus que certains détails militaires , peut-être un peu trop fréquens au commencement de l'ouvrage, et quelques autres , en petit nombre , d'un moindre agrément , quoique d'ailleurs ces détails y soient toujours liés avec les affaires publiques, et diversifiés , comme tout le reste , par le rôle qu'y joue le duc de Sully.

Il en est, pour ainsi dire, le second au-

leur ^ et cette double actioD ne rompt point l'unité d'intérêt , s'il est permis de se serrir ici de cette expression ^ parce que ce ministre n'y dit presque rien sur lui-même qui ne se rapporte ou à Tétat ^ ou à la personne de son maître. On verra sans doute avec plaisir le jugement qu'on en a porte dès le temps oii ces mémoires ont commence à Toir le jour. L'auteur d*un ancien discours qui se trouve dans les manuscrits de la bibliothèque du Roi , va nous en instruire ■ . c Voici certaine- « ment , dit-il , l'une des plus belles images « de la prudence et fidélité humaines que « cette reddition de comptes , laissée au pu- «c blîc par M. le duc de Sully , dans ces deux « volumes ^ touchant la qualité des conseils ^ « et le nombre des grands services qu'il a « rendus à son roi et à son bien£ûteur , soit tf pour la gloire particulière de sa personne^ <c soit pour la prospérité de son état. £t de « vrai ^ ce sont deux choses qui se suivent ^ «c voire qui se côtoyent et s entre- regardent ici tf perpétuellement , que la fortune de Henry 4c le (j^rand et la vertu de son grand ministre. « Celui-ci sert et oblige envers l'autre dans

' Vol. 9^90.

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« cet ouvrage , de toutes les façons dont un <c grand prince peut être servi et obligé par ce un sien sujet , de sa main , de son courage, a de son épëe , voire de son sang et de ses « plaies, aux occasions de valeur et discrécc tion, mais en celles particulièrement de «: conseil et de cabinet, du plus grand sens ce et de la clairvoyance la plus pénétrante , « du désintéressement le plus rare et de la ce sincérité la plus exquise , que les histoires , ce nôtres et étrangères , aient jamaisconnues. » Il est assez naturel qu'on s'attende à voir de grands capitaines , de profonds politiques, d'habiles ministres , sous le règne d'un prince tel que Henri IV. Ce qui doit surprendre , c'est de trouver dans une même personne ce guerrier , ce politique , ce sage administrateur , cet ami sûr et sévère autant qu'intime confident et favori de son maître. Mais ce qui doit paraître encore plus singulier , c'est de voir, dans un ouvrage oii les actions de deux hommes si rares sont rassemblées après leur mort , un grand roi réduit à conquérir son propre royaume s'occuper avec un ministre , non moins grand dans son ordre, des moyens de faire réussir une pa-

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