‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 4 sur 231 · VJ PR£FA.C · texte numérisé non relu

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reille entreprise ; travailler ensuite de concert à rendre ce même royaume non-seulement paisible, mais florissant; régler les finances ; fonder le commerce; établir la police; enfin ramener Tordre dans toutes les parties du gouvernement.

Le plan de cet ouvrage embrasse donc deux vies illustres, qui s accompagnent*) s*éclaircis«sent et s embellissent mutuellement ; celle d\\n roi , et celle d un ministre son confident, à peu près de même âge , conduites depuis l'enfance de lun et de l'autre jusqu a la mort du premier , et au temps oii le second se vit éloigner du maniement desaflairespubliques.

Ajoutons que les mémoires de Sully sont encore recommandables par des principes d une excellente morale, par des maximes civiles et politiques puisées dans le vrai , par une infinité de vues , de projets et de réglemens, presquen tout genre, dont ils sont remplis. « Lui seul, dit le même auteur con- « temporain , parlant du duc de Sully , cer- « tainement jusqu'aujourd'hui a découvert la c jonction de deux choses au gouvernement c des états , que nos pères n'avaient pu non- < seulement accorder, mais s'imaginer comr

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tjc patibles ensemble ; laccroissement des de- « niers aux coffres du roi , avec la décharge « et le soulagement de son peuple. Qui veut « voir Tidëe du sujet utile et de Fincorrup- « tible ministre d'état , il faut qu'il la vienne <c voir dedans ce tableau. L'économique s'y « trouve en son jour, la politique en tous les « usages , c'est-à-dire l'art de régner et faire « régner; la science de régner comme homme,^ « et celle de régner comme roi. La morale y « a épuisé i^es plus belles instructions et plus « riches exemples, et tout cela, soutenu et <i paré de la connaissance de toutes les choses, <c depuis les plus élevées jusqu'aux mécha- « niques. »

Encore une fois, je ne vois pas que la plus sévère critique se soit encore aujourd'hui beaucoup éloignée de ce sentiment. On n'a qu'à consulter Fabbé Le Laboureur dans ses additions aux mémoires de Castelnau , t. 2f , liv. 2, p. 687, le père Le Long, et une infinité d'écrivains modernes : car, qui est-ce qui ne cite pas avec éloge les mémoires de Sully , comme le premier livre politique qui nous ait ouvert les yeux sur le véritable degré de la puissance de ce royaume? On y

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ne de la Harpe . n. 80.

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sont entassées et mises à part , ou interrompent le fil d'un discours auquel fort souvent aucune d'elles n a rapport. Les maximes morales et politiques y sont reléguées dans un endroit écarté , oîi l'on a bien de la peine à les découvrir : elles n'ont l'air que d'un bordereau. Il n'était pas besoin que ces compilateurs s'annonçassent pour des commis de bureau.

Quant à la diction ^ on ne dira rien de trop en avançant que presque tous les défauts dé style se trouvaient réunis dans celui-ci. Il est toujours diffus, souvent obscur, soit par la longueur énorme des phrases, soit par le peu de justesse de l'expression; quelquefois bas et rampant , et quelquefois ridiculement enflé.

Il semble que ces deux considérations générales sur le caractère des mémoires de Sully auraient dû faire naître à quelqu'un de nos bons écrivains la pensée de travailler à les rendre aussi agréables qu'ils sont utiles et intéressans ; d'autant plus que ce qu'ils ont de bon vient du fond même des choses , et ce qu'ils ont de mauvais de la forme sous laquelle ces choses y sont présentées. Cki

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convient, en effet, qu'ik doîrent être exceptés de ce petit nombre d anciens livres fiançais auxquels on ne saurait toucher sans les gâter. Mais ce qui aura sans doute détourne de cette entreprise, ce sont les risques auxquels elle exposait , de la part des critiques un peu trop difficiles; et j avoue que, pour oser franchir ce pas, j*ai eu besoin que mon original m'inspirât cette complaisance intérieure qui prévient le cœur aussi bien que Fesprit en faveur d'un ouvrage, et dont l'effet est de nous aveugler sur tous les obstacles; car enfin, pour accommoder à notre goût des ouvrages tels que celui-ci , il faut , sans s'écarter de l'obligation ou est un traducteur de rendre exactement le sens de son original, se donner presque toute la liberté dont joi^^t un compositeur, puisqu'il s'agit tout à la fois (le traduire, d'abréger, de transposer, de rédiger , etc.

Une correction purement grammaticale , cpii se serait bornée à changer dans les mémoires de Sully les expressions absolum(înt mauvaises, et à supprimer celles qui sont visiblement superflues , n'aurait point pour remédier au défaut qu'on y re-

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marque dans le style. Il n'eût été guère plus possible , sans détruire le texte , de saU'ver l'autre inconvénients, qui naît de la confusion des matières, si Ion s'était contenté de rapprocher les faits dispersés, et d'arranger ceux qui sont déplacés. Il n'y a point de tentatives que^e n'aie faites pour n'être point obligé d'en venir jusqu'à décomposer, pour ainsi dire , l'ouvrage , et le refondre en entier; mais j'ai jugé à la fin que l'exécution de tout autre projet serait impossible. Je suis demeuré convaincu qu'un style aussi vicieux que l'est celui de ces mémoires ne méritait en aucune manière d'être traité avec les mêmes égards que Comines, Montaigne et Amyot ; que les seuls changemens génér ; IX dont on convient qu'il ne peut se passer le rendraient déjà si différent de luimême, qu'il y a peu de danger à pousser cette différence beaucoup plus loin : que ces mêmes changemens exigeant d'ailleurs des liaisons et des transitions, qui ne peuvent se faire sans des additions considérables d'un autre style , c'eût été s'expo3er à laisser apercevoir au milieu de tout cet antique je ne sais combien de nuances de neuf qui

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produiraient un contraste désagréable ; qu'il s'agissait de plus de purger l'original , je ne dis pas simplement de quantité d'expressions, mais d'idées trës-peu naturelles, ne fut-ce que le titre même , ridiculement singulier , Economies royales , et Servitudes loyales y qu'il ne fallait fas moins qu'une liberté pareille à celle que j'ai prise pour faire une plus juste distribution des matières et des temps. Enfin que cette liberté pouvait s'allier avec l'obligation de rapporter d'original tout ce qui , dans les mémoires de Sully, perdrait à être mis dans un langage plus nouveau.

Rien surtout ne m'a paru si indispensable que de ne pas laisser la parole à des secrétaires qui ne savent que louer et flatter. Quoi de plus fastidieux , que de les voir à chaque ligne apostropher leur maître pour l'avertir qu'ils lui rappellent ce qui lui est arrivé , en convenant qu'il en est bien mieux instruit qu'eux 'i Cette apostrophe continuelle ne fait de tout le livre qu'une espèce de longue épître dédicatoire. Combien cette seule correction ne devait-elle pas apporter de changement dans tout le corps de l'ouvrage !

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J'ajouterai que la narration , qui , dans le style historique , admet uniquement la troisième personne , ne pouvait ici avoir lieu : c'est ce que je n'ai pas tardé à sentir dès que j'ai voulu y avoir recours. Au lieu d'un seul acteur principal , les mémoires de Sully, comme je l'ai déjà dit, en offrent deux dont les rôles se nSêlent continuellement dans le récit-, oîi ils paraissent presque toujours à la fois parlant entre eux ou bien avec d'autres interlocuteurs. Le pronom il, lui, c^m dans la narration supplée si commodément au nom propre , pouvant alors tomber sur l'un comme sur l'autre , il en résulte une obscurité qu'on ne peut sauver que par l'inconvénient, aussi grand, des redites et des circonlocutions. Si , pour lever cette difficulté , que tout le monde sentira , on eût intitulé l'ouvrage , Mémoires pour servir à r Histoire de Henri IJ^ , et qu'on se fut retranché au personnage seul de ce prince , c'était enlever tout d'un coup une moitié des mémoires, et une moitié qui n'est peut-être pas la moins intéressante : car on trouve partout la vie et les actions de Henri le Grand , au iieu que celle du duc de Sully ne se ren-

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