‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 38 sur 231 · LIVRE PREMIER. J · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. J

la fin. Il trompa ses gardes , et s'enfuit , en se travestissant, le 17 septembre au ^oir. Il n'eut pas sitôt gagnéDreux , qu'il sér fit bientôt une cour nombreusé%t un parti puissant. Le prince de Condé avait travaillé si efficacement eç Allemagne , que le prince Casimir * se trouva prêt à entrer en France avec une forte armée. Catherine eut recours à un autre manège. Elle chercha à regagner Monsieur par les offres les plus spécieuses. Elle le poursuivit de ville en ville , toujours suivie de ce cortège de filles galantes sur lesquelles elle comptait encore davantage. Enfin ^ elle fit si bien , qu'il tomba à la fin dans le piège qu'elle lui tendait.

Le roi de Navarre, qui avait donné de bonne foi daïis le panneau de la lieu tenan ce-générale, crut qu'elle ne pouvait plus lui manquer, et se réjouit d'abord d'être enfin défait de Monsieur, qu'il regardait toujours comme son rival. Carnavalet et de Sauves le tirèrent d'erreur, et lui firent comprendre que, si quelqu'un des deux devait prétendre à cette belle charge, c'était Monsieur, qui pouvait en faire le prix de son raccommodement; mais que, dans la vérité , Catherine les jouait tous deux , et que, pour lui, il ne devait plus s'attendre qu'à une

' Fils de rélccleur palatin du Rhin.

* Ils s'abouchèrent à Champi^y-sur-Vèdc , maison appartenant à M. le duc de Montpensier, sur les confins de la Touraine.

'*J7l Mi'AIOIRES DE SULLY.

captivité encore plus dure. Ce prince ouvrit les yeux; et s'appliqi^^t tout entier à recouvrer sa liberté , il en tro^Éffl^è-oioyen. Un jotiK^e février , qu'il était à la chasse vers Senlis , il aiitistkiarter ses

gardes, et vint d'une traite passer laSjjSrie àPoissy, gagna Neuf-Ghâtel en Timerais ( Château-Neuf ) , maison à lui , suivi d'une trentaine de chevaux , prit quelque argent de ses fermiers, et arriva à Alençon, dont le sieur de Hertray * s'était saisi en son nom. Il s'y aboucha avec Monsieur et le prince de Condé, qui convinrent d'unir toutes leurs forces. D' Alençon , le roi de Navarre passa à Tours, où il ne fut pas plus tôt arrivé , qu'il reprit publiquement l'exercice de la religion protestante. Je fus un de ceux qui accompagnèrent ce prince dans sa fuite et dans tout ce voyage. Il me renvoya de Tours avec Fervaques ^ redemander à la cour de France la princesse, sa sœur^. Elle nous fut accordée; et dès la seconde journée, cette princesse, reprenant aussi sa religion , se trouva au prêche à Châteaudun , et rejoignit le roi , qui l'attendait à ' Partenay.

Les trois princes, après la jonction de leurs

' Bené de Saint-Denis de Hertray.

" Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, seigneur de Fervaques, etc., maréchal de France, et lieutenant-général en Normandie , mort en i6i3 , âgé de soixante-quinze ans.

' Catherine de Bourbon , duchesse de Bar.

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