LIVRE PREMIER
troupes , se trouvèrent à la tête de plus de cinquante mille hommes effectifs, et firent à leur tour trembler Catherine. Tout semblait annoncer une guerre des plus sanglantes. Je me jetai dans l'infanterie, jsimple volontaire, en attendant l'occasion d'un emploi plus convenable; et je fis mon essai d'armes aux environs de Tours , où il y eut plusieurs rencontres entre des détachemens de partis différens. Le roi de Navarre, ayant appris que je m'y comportais avec plus de témérité que de courage, me fit appeler et me dit : « Rosny , ce « n'est pas là où je veux que vous hasardiez votre « vie. Je loue votre courage , mais je désire vous a le faire employer en une meilleure occasion. » Cette occasion ne se trouva pas si proche que nous le croyions tous, parce que Catherine, qui ne se trouvait pas la plus forte , eut recours à son manège ordinaire. Elle parla de paix. Elle offrit plus qu'on ne pensait pouvoir demander. Les promesses ne coûtaient rien à cette artificieuse princesse. Enfin elle eut l'adresse de faire mettre bas les armes aux princes , et la paix fut arrêtée et signée trois mois après \ C'est ce qu'on appela la paix de Mon-
' Par redit de soixante- trois articles , passé au couvent de Beaulicu , près de Loches en Touraine, entre la reine-mère et les princes , on y rétablit la mémoire de Tamiral de Coligny et des autres chefs protestans : on y accorda les chambres miparties dans les principaux parlemens, et plusieurs villes de
sieur, parce que, outre que l'objet principal de Catherine, en la faisant, étaijt de regagner ce prince, il fut si bien la dupe de ses finesses , qu'à la fin il la souhaita et la sollicita lui-même plus ardemment que personne. Il faut convenir qu'elle fut des plus avantageuses ; cependant les princes ne firent jamais de faute plus irréparable que lorsqu'ils y donnèrent les mains. Monsieur y en ajouta bientôt une seconde, et aussi capitale, lorsque, agissant contre son propre intérêt, il se sépara des réformés ' : par ce contre-temps il perdit , tant du côté de la France que de l'Angleterre, les occasions de devenir peut-être l'un des plus puissans princes de l'Europe. Ainsi tout se tourna encore au gré de la reine-mère, qui n'avait en vue, en faisant cette paix, que la désunion de ses ennemis. Henri, voyant la paix faite , se retira à la Rochelle , dont les habitans, excepté qu'ils ne lui présentèrent pas le dais, lui rendirent tous les honneurs qu'ils auraient pu faire au roi. Ils ne firent pas un accueil si gracieux à tous les catholiques qui étaient à la suite
sûreté , etc. Monsieur se fit donner en particulier un rich^ apanage ; et le prince Casimir une somme considérable en argent et en pierreries. De Thou , (TAubigné , etc.
' Pour parler plus juste , Monsieur sacrifia en cette occasion le roi de Navarre et les huguenots à ses intérêts ou à sa politique. C'est dans les Mém. de Nevers , t. i , p. 90 et suiv., qu'il faut voir toutes les démarches faites de part et d'autre au sujet de ce traité.
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du prince. Ils refusèrent l'entrée dû leur ville à Caumont , depuis duc d'Épernon % et à tous ceux qu'on put convaincre d'avoir ensanglanté leurs épées le a4 août. Le séjour du roi de Navarre en cette ville ne fut pas long. A peine ouvrait-il la bouche pour demanderraccomplissement du traité, qu'il dut sentir toute la grandeur de sa faute. Catherine nia avoir rien promis aux huguenots , qui dirent obligés de reprendre les armes, avant même que l'année fut finie. Je quittai mon premier poste. M. de Lavardin , mon parent * , qui m'affectionnait beaucoup , m'ayant fait prendre l'enseigne de sa compagnie colonelle , je fus nommé pour défendre Périgueux , et ensuite Villeneuve en Agénois , me- Bacée de siège. Le roi de Navarre se proposa des entreprises considérables ; mais l'occasion en était perdue. La plus grande partie des troupe^ sur lesquelles il avait compté lui manquèrent alors, et le reste se trouva si mauvais, qu'à peine put-il faire deux entreprises , l'une sur la Réolè , et l'autre sur Saint-Macary , dont encore la seconde manqua. Favajs^, qui conduisait celle de laRéole, me mita k tête de cinquante soldats , qui y entrèrent sans
' Jean-Louis de Nogaret de La Yallette , duc d'Épernon y il en sera parlé dans la suite.
' Jean de Beaumanoir de Lavardin ou Laverdin , maréchal de France.
' Jean Favas, dit le capitaine Favas.
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presque aucun danger. Je demandai la même commission à Langoiran , qui conduisait l'entreprise sur Saint-Macary ; il nous l'accorda à Béthune , mon cousin , et à moi ; mais Favas nous retint dans la seconde troupe : ce que je rapporte, comme l'exemple du premier bonheur marqué que j'aie eu à la guerre , car les habitans de Saint-Macary , qui avaient eu connaissance de notre dessein , nous trompèrent si bien , qu'il ne revint pas un homme de la première troupe qui osa y entrer.
Je courus un danger plus réel au siège de Ville- Franche en Périgord, que fit ensuite Lavardin. Étant monté à l'assaut avec mon drapeau, je fus renversé par le choc des piques et des hallebardes dans le fossé, où je demeurai enfoncé dans la boue , et embarrassé par mon drapeau , de manière que , sans le secours de mon valet de chambre , nommé LaTrape, et de quelques soldats qui m'aidèrent à remonter , j'y aurais péri infailliblement. La ville aytint été forcée tandis qu'elle parlementait, elle fut entièrement pillée; et j'y gagnai pour ma part une bourse de mille écus en or, qu'un vieillard, poursuivi par cinq ou six soldats, me donna pour lui sauver la vie. Le nom de Ville^ Franche me rappelle une aventure singulière, arrivée à peu près dans ce temps-là. Les bourgeois de cette ville , ayant formé le complot de se saisir par surprise de Montpazier , autre petite ville voi-