‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 42 sur 231 · LIVRE PREMIER. 8t · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 8t

mon dothestique et dans ma compagnie, que le roi de Navarre, attentif à la conduite de ses moindres officiers, m'avoua dans la suite que je devais la meilleure partie de l'estime dont il m'honora à la sage économie qu'il avait remarquée dans cet àrrangement. Ma grande jeunesse était la seule chose qui pouvait le rendre extraordinaire ; mais je sentis de bonne heure de quelle utilité il est de mettre l'ordre dans l'intérieur de sa maison. Cette disposition forme, à ce qu'il me semble, un préjugé avantageux, o^pour l'homme de guerre, et pour l'homme d'état.

Il ne fut question pendant tout notre séjour en Béarn que de réjouissances et de galanterie. Le goût de Madame , sœur du roi , pour ces divertissemens, nous était d'une ressource inépuisable. J'appris auprès de cette princesse le métier de courtisan , dans lequel j'étais fort neuf. Elle eut la bonté de me mettre de toutes ses parties; et je me souviens qu'elle voulut bien m'apprendre elle-même le pas d'un ballet qui fut exécuté avec beaucoup de magnificence.

Comme la trêve était près d'expirer, le roi de Navarre apprit que la ville d'Eause , soulevée par des mutins , avait refusé de laisser entrer la garnison qu'il y envoyait. Il nous ordonna de nous rendre, les armes cachées sous nos hal)its de chasse, dans un endroit de la campagne où il nous atten-

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que diligence que fit le roi , il ne put prévenir le malheur de cet officier, qui venait d'être forcé et bràlé avec toute sa troupe. Lorsque le roi de Navarre se présenta devant ftbrande , les habitans , qui voulaient le (aire tomber dans le même piège, eurent soin de cacher ce qui était arrivé , et commencèrent à sonner les Éamfares, comme eût pu Éaire Saint-Criq pour témoigner sa joie du secours qu'on lui amenait. Un soldat huguenot de la ville vit le danger dans lequel le roi de Navarre allait se précipiter, et où nous aurions tous péri infailliblement avec lui , vu la trop grande disproportion des forces. Il passa par dessus la muraille, et vint nous avertir de l'embûche qu'on nous dressait : après quoi le roi ne songea plus qu'à faire retraite. Comme il s'était extrêmement avancé, les habitans de Mirande , qui s'aperçurent dans le moment que leur dessein avait été éventé , sortirent , et l'attaquèrent dans sa retraite. Nous nous trouvâmes , le jeune Béthune et moi , engagés §i • avant , que nous fumes enveloppés. Nous nous battîmes en désespérés qui veulent du moins vendre chèrement leur vie ; mais il aurait fallu succomber, l'extrême lassitude nous permettant à peine de soutenir nos armes. Heureusement pour nous , Lusignan et Béthime l'aîné , envoyés par le roi de Na« varre à notre secours , firent une décharge si rude , que nos attaquans plièrent, et nous donnèrent

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