LIVRE PREMIER
mont, Mirande, et ks autres villes du parti catholique enverraient de leur côté au plus tôt un puissant secours aux assiégés, si on leur en donnait le^t^mps. En attendant, nous nous mîmes tous ^^H^r cette église , aidés de nos valets. La partie air chœur me tomba en partage : en douze heures , j'y fis une ouverture , quoique le mur fût fort épais , et d'une pierre extrêmement dure. Ensuite , par le moyen d'un échafaud élevé à la hauteur du trou , je fis jeter dans l'église quantité de grenades. Les assiégés manquaient d'eau , et pétrissaient leur farine avec du vin ; et ce qui les incommodait encore davantage , c'est qu'ils n'avaient ni chirurgiens , ni linge , ni remèdes pour les blessures que faisaient les grenades qu'on commença à leur jeter de toutes parts. Ils capitulèrent donc, voyant un puissant renfort qui arrivait de Montauban au roi de Navarre. Ce prince s'était contenté d'ordonner qu'on pendît sept ou huit des plus mutins ; mais il fut obligé de les abandonner tous à la fureur des habitans de Montauban , qui venaient les arracher jusqu'entre nos bras, et les poignardaient sans miséricorde. On connut le motif dont ils étaient animés aux reproches qu'ils firent à ces scélérats d'avoir fait servir à la débauche la plus outrée six femmes et filles qu^ls avaient enlevées, et de les avoir ensuite fait mourir, en les remplissant de poudre à canon , à laquelle ils mi-
rent le feu; horrible excès de brutalité etde cruauté! Les états qui se tenaiept alors à Blois députèrent vers le roi de Navarre l'archevêque de Vienne * , M. le duc de Montpen^ier et Richelieu|i. que ce prince m'envoya avec Béthune recevoCMksqu'à Bergerac. Ils étaient chargés d'exhorter^ roi de Navarre à embrasser la religion catholique , que les états avaient déclaré devoir être maintenue seule dans le royaume. Cette entrevue , qui avait produit une suspension d'armes , n'ayant point eu d'autre effet, les députés s'en retournèrent, et les hostilités recommencèrent. L'amiral de Villars * fit quelques tentatives sur Castel-Jaloux et sur Nérac ; mais il trouva partout le roi de Navarre qui déconcerta ses desseins. Ce prince s'exposait comme le moindre soldat, et fit devant Nérac un coup d'une extrême hardiesse, lorsqu'un gros de cavalerie s'étant détaché pour veuir le surprendre , il
' Les trois députés envoyés par les états au roi de Navarre, sont Pierre de Villars, archevêque de Vienue, pour le clergé; André de Bourbon, sieur de Rubempré, pour la noblesse; Ménager, général des 6nances de Touraine, pour le tiers^tal. Il y a donc faute ici. Consultez de Thou, dAubigné , etc. Voyez aussi le détail de la tenue des états de Blois, dans Matthieu , t. i , liv. 7, p. 4^8 ; et surtout dans les Mém, de Nevers, t. i «p. 166 et suiv.
• HonorîÉftIe Savoie , marquis de Villars : quoiqu'il eût été fait amiral par le roi, du vivant de l'amiral de Coligny, il n'eut véritablement cette charge gu'après sa mort.