LIVRE PREMIEH
le repoussa presque seul. Nos prières ne furent point capables de l'engager à prendre plus de soin de sa vie ; et son exemple nous- animait à notre tour, de manière que nous nous avançâmes cette même journée douze ou quinze , pour faire le coup de pistolet, jusqu'à la portée de l'armée catholique. Le roi, qui le remarqua, dit à Béthune : «.Allez à votre cousin le baron de Rosny, il est « étourdi comme un hanneton; retirez-le de là, et « les autres aussi; car l'ennemi, nous voyant re- « tirer , leur fera sans doute une si rude charge , «qu'ils seront ou pris ou tués. » J'obéis à l'ordre; et ce prince , qui vit mon cheval blessé à l'épaule , me reprocha ma témérité avec une colère qui n'avait rien que d'obligeant. Il se proposa encore cette journée un combat de quatre contre quatre ; mais il n'eut point lieu , l'amiral ayant fait donner le signal de la retraite.
Le coup le plus important pour le roi eût été sans doute d'empêcher la prise deBrouage, assiégée par le duc de Mayenne \ Il s'y achemina, laissant le vicomte de Turenne pour ramener ses troupes ; mais, outre que celui-ci ne put arriver assez promptement pour secourir cette ville , l'entrevue du roi de Navarre avec Icv prince de Condé à Pons ayant
' Charles de Lorraine, duc de Mayenne, second fils de François de Lorraine , duc de Guise : il fut général de la Ligue.
achevé d'aigrir leur esprit, au point que le prince de Condé voulut se battre avec le vicomte de Turenne, qu'il accusait d'être la cause de cette mésintelligence, le bien public souffrit de cette désunion. Le prince de Condé se sépara bientôt ouvertement du roi de Navarre.
La paix qui suivit des événemens si peu favorables aux réformés fut uniquement l'ouvrage de Henri III, qui voulut donner cette mortification aux Guises. La guerre ne convenait plus , ni à son inclination , qui le portait tout entier vers un genre de ,vie singulièrement varié ' de dévotion et de volupté, ni à ses desseins, qui tendaient tous à abaisser les princes de Lorraine, devenus trop puissans par la Ligue. Quoique cette paix ^ ne fut
' Il n'y a rien, disait Sixte V au cardinal de Joyeuse, que votre roi n'ait fait et ne fasse pour être moine, ni que je n'aie fait, moi, pour ne l'être point. Il eut jusqu'à cent cinquante valets de la chambre, ministros cubicularios , dit Busbec, épis t. 3 1 .
• Par le traité qui fut fait à Bergerac entre le roi de Navarre et le matéchal de Biron , et par l'édit qui s'ensuivit dans les derniers jours de septembre , le nombre de prêches fut diminué, l'exercice de la religion réformée défendu à dix lieues autour de Paris ; les cimetières des calvinistes otés dans cette ville; la liberté des mariages révoquée ; les chambres mi-par-' ties supprimées à Paris, Rouen, Dijon, Rennes, etc. Le roi Henri III l'appelait son traité. Il ne fut fidèlement observé ni d'une ni d'autre part ; les catholiques se plaignaient de leur