‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 46 sur 231 · LIVRE PREMIER. 9I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 9I

pas aussi favorable aux huguenots que celle de Monsieur, ils furent plus fidèles à en observer les clauses que les catholiques, qui se saisirent en pleine paix d'Agen et de Villeneuve, dont il fut impossible de se faire rendre justice. L'effet d'une paix si mal observée fut une inaction pleine de soupçons, qui ressemblait bien plus à une longue suspension d'armes qu'à une véritable paix. Ainsi se passa le reste de cette année , et une partie de la suivante.

Soit que la reine-mère voulût travailler efficacement à pacifier l'état , ou qu'elle eût des desseins cachés qui l'obligeaient de rechercher le roi de Navarre , elle quitta Paris avec toute sa cour , et , faisant le tour des provinces , elle s'aboucha avec ce prince à la Réole et à Auch, et passa même un assez long tempi^avec lui à plusieurs reprises , soit à Nérac % à CidROitras, au Fleix, soit en d'autres

côté que c'étaient les calvinistes qui en avaient été les iufrac^ teurs. Mémoires de Ne vers, ibid,

* « Il y eut, dit Le Grain, à Nérac, conférence entre elle et « le roi de Navarre , son gendre , en laquelle quelques articles « furent éclaircis, et non pas tous, car la bonne dame voulait « toujours tenir son gendre d'Espagne par la bride tant qu'elle « pourrait; néanmoins elle caressa fort ce gendre en cette con- « férence, en laquelle il y eut entfe eux plusieurs propos « gaillards.... La reine-mère, dit-il encore ailleurs, lui fit une « infinité de caresses (à Saint-Bris), jusqu'à le chatouiller par « les côtés. Lui , s'avisant du dessein de cette dame , qui était

que diligence que fît le roi , il ne put prévenir le malheur de cet officier , qui venait d'être forcé et brûlé avec toute sa troupe. Lorsque le roi de Navarre se présenta devant Mirande , les habitans , qui voulaient le faire tomber dans le même piège , eurent soin de cacher ce qui était arrivé , et commencèrent à sonner les fanfares, comme eût pu faire Saint-Criq pour témoigner sa joie du secours qu'on lui amenait. Un soldat huguenot de la ville vit le danger dans lequel le roi de Navarre allait se précipiter , et où nous aurions tous péri infailliblement avec lui, vu la trop grande disproportion des forces. Il passa par dessus la muraille , et vint nous avertir de l'embûche qu'on nous dressait : après quoi le roi ne songea plus qu'à faire retraite. Comme il s'était extrêmement avancé , les habitans de Mirande , qui s'aperçurent dans le moment que leur dessein avait été éventé, sortirent, et l'attaquèrent dans sa retraite. Nous nous trouvâmes, le jeune Béthune et moi, engagés §i avant, que nous fûmes enveloppés. Nous nous battîmes en désespérés qui veulent du moins vendre chèrement leur vie ; mais il aurait fallu succomber, l'extrême lassitude nous permettant à peine de soutenir nos armes. Heureusement pour nous , Lusignan et Béthune l'aîné , envoyés par le roi de Navarre à notre secours , firent une décharge si rude , que nos attaquans pUèrent, et nous donnèrent

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