LIVRE PREMIER
moyen de nous retirer. Le sieur d'Y^ homme normand , et La Trape , mt chambre , me furent d'un grand secours occasion. Le roi de Navarre , voyant le jour baisser , fit cesser le combat , et se retira à Jegun , où deux jours après , les troupes royales , ayant à leur tête l'amiral de Villars , parurent en armes, attirées par le bruit de l'attaque de Mirande. Il y aurait eu de la témérité à les attaquer. Nous nous tînmes renfermés , et nous tâchâmes seulement de les engager à entreprendre de nous forcer; ce qu'ils n'osèrent tenter. Les deux armées furent en pré»sence jusqu'à la nuit. Un combat singulier de six contre six fut proposé entre MM. de Lavardin et de La Gévèse ; mais , comme nous disputions à qui le sort tomberait , le roi d'un côté , et le marquis de Villars de l'autre, vinrent faire retirer leurs troupes à l'entrée de la nuit.
Quelque temps après, le roi de Navarre, allant de Léctoure à Montauban , ordonna au /:omte de Meilles et à moi de donner avec vingt-cinq chevaux sur un gros d'arquebusiers que les habitans de Beaumont avaient postés dans les vignes et les chemins creux sur notre passage. Nous les menâmes battant jusqu'aux portes de la ville , d'où il sortit environ cent soldats à leur secours, dont une partie demeura sur la place, et l'autre se noya dans les fossés. Le roi , qui vit que le rempart
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à toute outrance. Les deux cours étant à Auch, un jour qu'il se donnait un bal, on vint annoncer au roi de Navarre que le gouverneur de la Réole , qui était un vieux gentilhomme nommé Ussac , jusque-là zélé huguenot , emporté par son amour pour une des filles de la reine-mère, avait trahi son devoir, et livré sa place aux catholiques. Le roi de Navarre, qui ne voulut pas différer plus long-temps à s'en venger, me fit avertir secrètement avec trois ou quatre autres de sortir de la salle du bal , et de le joindre dans la campagne , les armes cachées à l'ordinaire sous les habits de chasse. Nous munes de la partie le plus de gens que nous pûmes, prenant bien garde cependant que le bal ne s'en trouvât pas dérangé; et nous nous rendîmes près du roi, avec lequel nous marchâmes toute la nuit, et arrivâmes le ma tin portes ouvrantes à Fleurance, dont nous nous saisîmes sans aucun obstacle. La reine-mère, qui aurait juré que le roi de Navarre avait couché à Auch, fiit bien surprise le lendemain matin en apprenant cette expédition , et prit le parti d'en rire la première. « Je vois bien, dit-elle, que c'est la reii vanche de la Réole , et que le roi de Navarre a « voulu faire chou pour chou; mais le mien est « mieux pommé. »
Il arriva depuis une aventure toute pareille, la cour étant à Coutras. Le roi de Navarre , ayant ré-