‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 48 sur 231 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

solu de se saisir de Saint-Émiiion , nous envoya passer la nuit à Sainte-Foi , qui n'était point compris dans la trêve , d'où nous marchâmes vers Saint- Émilion avec un pétard en forme de saucisson , que nous attachâmes par deux embrasures à une grosse tour. Le fracas de cette machine fut si grand, que le bruit s'en fit entendre jusqu'à Coutras. La tour fut entr'ouverte , de manière qu'elle donnait passage à deux hommes de front, et la ville fut prise par ce moyen. La f eine-mère se fâcha, et dit hautement qu'elle ne pouvait regarder ce coup que comme une insulte méditée, Saint- Émilion étant dans les bornes de la trêve. La distance de Coutras à cette ville était telle, qu'elle rendait le cas douteux ; mais le roi de Navarre , qui savait que peu de jours auparavant les bourgeois de Saint-Émilion avaient dépouillé un marchand de la religion , que Catherine avait déclaré de bonne prise , ne fit que rappeler ce fait , et on ne parla plus de rien. Souvent il arrivait que les deux coui^s se séparaient lorsqu'il s'était passé quelque chose qui donnait à l'une des deux un sujet un peu fort de mécontentement; mais on se rapprochait bientôt par l'intérêt des plaisirs , qui sans cela auraient langui. Le roi de Navarre mena la cour de la reine-mère dans la province de Foix, où entre autres divertissemens , il voulut lui donner celui de la chasse aux ours. On en fit peur aux

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dames , dont la délicatesse ne s'accommoda pas de ce spectacle. En effet plusieurs de ces animaux démembrèrent des chevaux; d'autres forcèrent jusqu'à dix Suisses et dix fusiliers. Un d'eux , blessé de plusieurs coups, et acculé sur le haut d'une roche, se précipita avec sept ou huit chasseurs qu'il tenait embrassés, et les écrasa.

Enfin la reine-mère se sépara du roi de Navarre, et, continuant sa route par le Languedoc, la Provence et leDauphiné, où elle vit le duc de Savoie, elle revint à Paris , laissant tout sur le même pied qu'elle l'avait trouvé : je veux dire, d'une paix qui ne fit qu'augmenter encore la défiance et les soupçons. Mais ce qu'elle n'oublia pas , fut de débaucher au roi de Navarre une partie de ses officiers catholiques. Lavardin , Grammont * et Duras furent de ce nombre. Un autre fruit de sa présence fut d'avoir si parfaitement brouillé M. le Prince avec le vicomte de Turenne , qu'il le fit appeler en duel. Turenne ne se trouva sur le pré qu'après avoir fait toutes les soumissions qu'il devait à la qualité de ce prince. Ce combat n'eut rien de funeste. Le vicomte de Turenne reçut plusieurs coups dans un second duel, qui lui fut proposé par Duras ^ et Rosan. On dit dans ce temps-là ,

' Philibert de Grammont, Jean de Durefort.

' Les deux frères Durefort de Duras et Durefort de Rosa»

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