LIVRE PREMIER
qu'ils n'avaient obligation de l'avantage obtenu en cette occasion sur Turenne qu'à une finesse peu pennise.
Après le départ de la reine-mère , la cour de Navarre vint à Montauban , et de là à Nérac , où l'on demeura quelque temps dans l'incertitude s'il n'était pas plus à propos de recommencer tout de bon la guerre. Cette cour n'étant pas moins voluptueuse que celle de France, il ne fut encore question que de plaisirs et de galanterie.
On ne balança plus à reprendre les armes sitôt qu'on eut appris que les catholiques s'étaient emparés par surprise de la ville de Figeac , et tenaient
se battirent contre le vicomte de Turenne , et Jean de Contant de Biron , baron de Salignac , son second, à Agen, sur la place du Gravier* Quoique les deux frères fussent maillés, ils eurent du désavantage ; le vicomte permit à Rosan de se relever, et Salignac à Duras de changer d'épée. Dans ce moment, neuf ou dix hommes armés fondirent sur le vicomte, et le laissèrent sur la place, percé de vingt-deux coups , dont pourtant il ne mourut pas ; il eut même la générosité d'intercéder auprès de la reine-mère pour les Duras. Le maréchal de Damville, appelé maréchal de Montmorency depuis la mort de son oncle, arrivée en ce temps-là, consulté sur cette action , décida avec plusieurs autres que, sans plus exposer sa vie, toutes les voies de se venger étaient permises au vicomte de Turenne contre ses adversaires. Mémoires du duc de Bouillon; sa vie par Marsolier ; de Thou» Brantôme, dans ses Mémoires, touchant les duels, paraît douter que ce duel se soit passé de la manière dont il vient d'être rapporté, vu la réputation d'honneur et de valeur où étaient les deux frères.
^ MÉmmmss de scixt.
le château assiégé. Le TÎcmnte de Tureime, que le roi de Navarre cfaai^ea de £ûre krer le siège, me dit en partant : « Monsieur, hé bien, serez-rous c des nôtres? Oui , Monsieur , lui répcMidis-je , « je serai toujours des TÔtres quand ce sera pour « le service du roi , et en tout temps quand vous tf m'aimerez. » Les catholiques, surpris de la diligence des réformés, abandonnèrent Figeac. Les armes ayant été reprises de la part des huguenots, ils firent plus de quarante «itreprises, dont trois seulement réussirent : celles de la Fère en Picardie, sur M<mtaigu en Poitou, et sur Cahors. Je ne parlerai que de cette dernière , parce que c'est la seule à laquelle j'assistai; et de toutes les attaques des villes par le pétard et la sape, il n'y en a point de si remarquable.
Cahors est une ville fort peuplée, vaste et environnée d'eau par trois cotés. Vesins' en était gouverneur, et avait à ses ordres plus de deux mille hommes , outre cent cavaliers bien montés , et la bourgeoisie , qu'il faisait tenir sous les armes. Il était sur ses gardes , comme un homme qui s'attend à être attaqué : ce qu'on reconnut par un billet trouvé dans sa cassette, sur lequel il avait
' Le même dont il est parlé au commencement de ce livre. On croit que, s'i( n'avait pas été tué dans l'attaque, en che* miie , à la tète des siens, le roi de Navarre n'eût pu se rendra maître de la place.