‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 50 sur 231 · LIVRE PREMIEH · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEH

mis de sa main ce peu de mots : Nargue pour les huguenots. Le roi de Navarre, dont la petite armée était encore affaiblie par l'absen ce de Chouppes, et qui n'avait pu s'ouvrir un passage par le pétard et la sape, ne désespéra pas d'emporter cette ville. Il renforça sa troupe de tout ce qu'il trouva de gens de guerre dans Montauban , Négrepelisse , Saint-Antonin , Cajare et Senevières : ce qui ne lui donna en tout qu'environ quinze cents hommes , avec lesquels il sortit de Montauban , et arriva à minuit à lui quart de lieue de Cahors. Il nous fit arrêter dans un plan de noyers, où coulait une fontaine dont l'eau servit à nous désaltérer. Nous étipns dans le mois de juin, il faisait fort chaud, avec un tonçerre violent , mais sans pluie. Ce fut e^ cet endr^t que le roi de Navarre disposa l'ordre delà marche et de toute l'attaque. Deux pétardiers du vicomte de Gourdon ' , principal auteur de l'entreprise, secondés de dix soldats des plus déterminés des gardes du prince , marchèrent avant nous , comme devant nous ouvrir un passage dans la ville. Ils étaient suivis de près par vingt autres fantassins et trente cavaliers , aussi des gardes du roi , conduits par Saint-Martin ^ , leur capitaine ; quarante gentilshommes commandés par Roque-

" N. . . . de Terride, vicomte de Gourdon.

• Charles Le Clerc de Saint-Martin 5 il y fut tué.

lOO MEMOllŒS DE SUIXT.

laure * , et soixante soldats de la garde composèrent un autre corps , et marchèrent ensuite : j'étais de cette brigade. Le roi de Navarre, à la tête de deux cents hommes partagés en quatre bandes, venait après nous. Le reste de sa petite armée, qui composait un gros de mille à douze cents arquebusiers en six pelotons, fermait la marche.

Il y avait trois portes à forcer, qu'on se hâta de renverser avec le pétard; ensuite on employa la hache, les ouvertures se trouvant si étroites , que les premiers qui y entrèrent ne purent le faire qu'en rempant sur le ventre. Au bruit du pétard, quarante hommes armés, et environ deux cents arquebusiers presque nus accoururent pour disputer l'entrée , pendant que les cloches , sonnant l'alarme , avertissaient tout le monde de se mettre en défense. En un moment les maisons furent couvertes de gens qui renversaient de grosses pièces de bois , les tuiles et les pierres , avec des cris redoublés de charge! tue! Nous comprîmes qu*on s'était disposé de longue main à nous bien recevoir. Il fallut donc dès l'abord essuyer un choc qui dura plus d'un quart d'heure , et ne fut pas le moins terrible. J'y fus renversé par terre d'une grosse pierre jetée par une fenêtre : je me relevai

' Antoine de Roquelaure.

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