‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 51 sur 231 · LIVRE PREMIER. "^ lOI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. "^ lOI

à l'aide de La Bertichère et de C%::^M^p0. Nous avancions fort peu, parce qu'en la piaf» des pelotons que nous mettions hors de combat il en succédait d'autres frais dans le même moment ; en sorte qu'avant d'avoir pu gagner la grande place , nous avions déjà livré plus de douze combats. Mes cuissarts s'étant détachés dans la mêlée , je fus blessé à la cuisse gauche. Arrivés à la place , nous trouvâmes des barricades, qu'il fallut renverser avec une peine infinie, exposés aux décharges continuelles de l'artillerie qu'on avait mise en batterie. Le roi ne cessa point d'être à la tête pendant toutes ces attaques. Il y rompit deux pertuisanes , et ses armes y furent marquées de plusieurs coups de feu et de main. Nous en avions déjà assez fait pour une belle victoire ; mais , à voir tout ce qui restait à faire, on pouvait dire que nous n'avions pas encore commencé. La ville étant d'une fort grande enceinte, et pleine d'un . si grand nombre de soldats, qu'en comparaison, d'eux, nous n'étions qu'une poignée, à chaque carrefour c'était un combat à essuyer, à chaque maison de pierre une escalade à faire ; le terrain était si bien défendu , que , le roi de Navarre ayant sans cesse besoin de tout son monde , nous n'avions pas le temps de respirer.

On aura de la peine à croire qu'il se passa ciiiq jours et cinq nuits entiers dans ce violent exer-

loa inÉMoiRES de stixt.

cice. PmdÉiit lout ce temps-là aucun de nous n'osa ni qflltter ses armes pour un seul instant , ni s'écarter, ni prendre de nourriture que les armes à la main, ni goûter aucun repos, si ce n'est en s'appuyant debout contre les boutiques pour quelques momens. A la fatigue, à l'épuisement, au poids des armes , et à l'excessive chaleur, se joignaient les blessures , qui achevaient de nous ôter ce qui nous restait de forces. Il n'y avait per» sonne qui n'eût les pieds si écorchés et si pleins de sang , qu'il nous était impossible de nous soutenir. Les bourgeois , qui ne souffraient aucune de nos incommodités, et qui s'apercevaient de plus en plus de notre petit nombre , loin de parler de se rendre , ne songeaient qu'à faire durer le combat jusqu'à l'arrivée d'un secours qu'on leur disait être fort proche. Ils poussaient de grands cris , et s'animaient par notre opiniâtreté. Quelque peu qu'ils se défendissent , ils en faisaient toujours assez pour nous obliger à nous tenir sur nos gardes , ce qui était achever de nous accabler. Dans cette extrémité , les principaux officiers s'approchèrent du roi, lui conseillèrent de rassembler le plus qu'il pourrait de gens autour de sa personne, et de s'ouvrir une retraite. Ils redoublèrent leurs instances sur le bruit qui se répandit, et qui ét^t vrai , que le secours attendu par les habitans venait d'arriver du côté de la Barre, et qu'il serait

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