‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 52 sur 231 · LIVRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. I

dans la ville sitôt qu'il aurait eu le temps de percer le mur. Mais ce brave prince , que rien ne pouvait abattre ni faire trembler , surmontant la douleur qu'il ressentie de ses blessures , se tourna vers eux avec un visage riant et un air d'assurance qui en inspirait aux plus faibles, et se contenta de leur répondre : « Il est dit là-haut ce qui doit être fait tf de moi dans cette occasion. Souvenez-vous que ce ma retraite hors de cette ville, sans l'avoir as- « surée au parti , sera la retraite de ma vie hors a de ce corps. Il y va trop de mon honneur d'en « user autrement; ainsi qu'on ne me parle plus « que de combattre , de vaincre ou de mourir. »

Ranimés par les paroles et l'exemple d'un si brave chef, nous recommençâmes à faire de nouveaux efforts ; mais il y a^ toute apparence que nous aurions tous succombé enfin , sans l'arrivée deChouppes , que le roi eut la précaution de mander avant l'attaque. Il apprit le danger du roi , et il se fit un passage dans la ville avec cinq ou six cents arquebusiers et cent chevaux, en marchant sur le ventre aux ennemis qui voulurent lui boucher le passage. Sitôt qu'il se fut joint à nous, nous marchâmes ensemble vers la Barre , par où le secours ennemi s'efforçait d'entrer. Tout ce quartier , qui tenait encore , fut forcé ; et quand nous nous fûmes rendus maîtres des tours et des parapets , il ne nous fut pas difficile d'obliger les en-

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nemis du dehors à abandonner leur entreprise et à se retirer; après quoi les habitans, ne se trouvant pas les plus forts, mirent les armes bas. La ville fut entièrement pillée. Ma bonne fortune fit tomber entre mes mains une petite boîte de fer où je trouvai quatre mille écus en or. Dans le détail d'une action si chaude , si longue , et si glorieuse au jeune prince ' qui la conduisait, je suis obligé de supprimer quantité de circonstances et d'actions particulières , soit du roi , soit de ses officiers , qui paraîtraient presque des fables.

Le roi de Navarre s'en retourna à Montauban , après avoir laissé Cabrière gouverneur de Cahors. Il défit encore deux ou trois troupes de l'armée du maréchal de Biron , qui fut obligé de la tenir enfermée dans Marmande. Pour en être plus à portée , le roi de Navarre vint loger à Tonneins ; d'où s'ensuivirent une infinité de petites attaques. Les soldats du maréchal de Biron faisant tous les jours des courses sur le pays ennemi , Henri fit un jour avancer Lusignan à la tête de vingt-cinq gentilshommes dqs mieux montés , du nombre desquels j'étais , jusqu'aux portes de Marmande , comme pour faire un défi ; ce qui n'était que trop

' D'autres historiens conviennent que cette attaque dura cinq jours entiers, et que Henri IV y eut un grand nombre de soldats blessés, et soixante-dix seulement de tués : mais nos mémoires sont plus croyables sur ce fait.

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