LIVRE SECOND. II
vaques et La Rochepot ^ , tous deux mes parens , s'engagèrent avec lui , et , pour me mejj^jiçi de la partie , ils me représentèrent qu'après le malheur qui venait de m'arriver de perdre mon père, je devais prendre le soin de recueillir la succession du vicomte ^ de Gand , qui m'avait déshérité pour cause de religion, et de chercher à rentrer en possession de plusieurs autres biens auxquels ma famille pouvait prétendre en Flandre , et que la protection du nouveau souverain pouvait seule me procurer. A ces motifs ils ajoutèrent, de la part de Monsieur, une promesse de douze mille écus pour me mettre en équipage. Je me rendis à leurs sollicitations , et je donnai ma parole. Il se passa depuis, par les différentes conjonctures, un espace de temps assez considérable avant que Monsieur put aller en Flandre. Enfin tous les obstacles ayant été levés ^ , et les Flamands redoublant leurs instances , ce prince nous fit ressouvenir de notre
' Antoine de Sully, sieur de La Rochepot.
' Hugues de Melun , vicomte de Gand, grand-père maternel
de Sully.
* Par la paix conclue au Fleix , château sur la Dordogne , entre le roi de Navarre et le duc d'Anjou. Les protestans, auxquels la dernière guerre n'avait pas été favorable, y consentirent sans peine. Le duc d'Anjou la souhaitait ardemment pour rexécution de ses desseins dans les Pays-Bas. Elle se fit au mois de novembre ; les articles en demeurèrent secrets , et
Il8 MEMOIRES DE SULLY.
engagement, et nous manda de nous rendre auprès de lui.
J'allai prendre congé du roi de Navarre; et j'eus avec ce prince, sur mon départ et sur le sujet de mon voyage , une longue conversation , à laquelle je n'ai jamais pensé depuis sans être pénétré des sentimens de générosité et d'affection qu'il me témoigna , et sans admirer la pénétration de son esprit et la justesse de ses conjectures, a C'est à ce coup , me dit-il aussitôt que je lui eus a parlé de le quitter , que nous allons vous perdre a tout-à-fait : vous allez devenir Flamand et pa- « piste. » Je l'assurai que je ne serais ni l'un ni l'autre; mais que j'aurais un reproche étemel à me faire, si, faute de cultiver mes parens, et pour éviter un peu de peine, je me voyais frustré des grands biens qui pouvaient me revenir des maisons de Béthune, de Melun et de Horn '. Que ce motif seul me portait à suivre Monsieur, et seulement pour un temps, après lequel je lui jurais que rien ne serait plus capable de m'empêcherNde suivre mon inclination en m'attachant à sa seule personne ; et que , pour peu qu'il eût besoin de moi , je quitterais la Flandre à son premier ordre.
apparemment furent peu importans. Les villes de sûreté restèrent aux calvinistes par une prolongation de six ans.
' Anne de Melun, mère de l'auteur, était fille de Hugues > vicomte de Gaiid, et de Jeanne d'Hom.
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