‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 63 sur 231 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

qu'après la prise de cinq ou six places , les seules qui fussent de quelque conséquence, toute la Flandre se rendrait à lui. C'était pour se préparer au voyage d'Angleterre , qu'il fit en effet très-peu de temps après. Toutes les histoires ont parlé de la réception que lui fit la reine Elisabeth % et de l'espèce d'engagement qu'il contracta avec elle. Je n'en dirai rien , quoique j'aie été de ce voyage.

D'Angleterre, Monsieur repassa en Zélande, flatté de mille agréables espérances. Il vint à Lillo * , puis à Anvers , où il fut couronné duc de Brabant par le prince d'Orange , assisté du prince dauphin ^ , et de toute la noblesse du pays , qui faisait éclater sa joie en mille manières. Cette affection des Flamands pour Monsieur eut un terme bien court. Le prince d'Orange, le seul qui fût encore plus aimé que lui du peuple, ayant été

' On sait que la reine d'Angleterre laissa de celte manière une partie des princes de l'Europe se flatter de l'espérance de l'épouser, et qu'elle n'en vint jamais jusqu'à la conclusion , soit par politique, soit par des raisons purement naturelles : c'est une question qui n'est pas encore décidée. Monsieur y passa l'hiver de i58i , et repassa en Flandre au printemps de i582. Voyez le détail de ce voyage, et celui de toutes les négociations pour ce mariage, fort au long dans les Mémoires de Nevers y t. I, p. 474) 6o3.

■ Fort sur l'Escaut.

' François de Bourbon, fils du duc de Montpcnsier.

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manqué d'un coup de pistolet ' dans sa chambre à Anvers , la populace , qui crut ne pouvoir accuser de ce coup que les Français , se souleva , et voulut faire main-basse sur eux. Monsieur ne trouva de sûreté qu'en se réfugiant chez le blessé. Lorsque la véritable cause de cet assassinat ^ eut été découverte , il n'y eut point d'excuses ni de satisfactions que les bourgeois ne fissent à Monsieur de l'injustice de leurs soupçons , et de la révolte qu'ils avaient causée^ mais cet outrage était demeuré trop fortement imprimé dans le cœur de Monsieur. Il se promit bien à lui-même qu'il s'en vengerait d'une manière éclatante. Le prince d'Orange n'était pas un homme qu'on trompât aisément ; dès ce moment il commença à être sur ses gardes, parce qu'il lut dans le cœur du prince son ressentiment , et la haine envenimée qu'il portait à tous les protestans en général.

' Le i8 mars i582, par Jean de Jauregiiy, Basque de nation ; le coup lui perça la mâchoire de part en part. Le meurtrier fut tué par les gens du prince d'Orange, qui vinrent au bruit dans le temps qu'il tirait un poignard pour l'achever . Chron. Piasechl.

" On connut, par les papiers qu'il avait dans ses poches, qu'il était l.spagnol : ce qui apaisa le peuple, prêt à faire main-basse sur les Français. Mémoires cVAuhery du Maurier. Le peuple criait dans les rues : « Voici des noces de « Paris : allons tuer ces massacreurs. » Matthieu , t. i , livre 7 à la fin.

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