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armée. En effet tous ces soldats se jetèrent dans Anvers comme dans une ville emportée d'assaut, jen criant ijTue^ tue ^ ville gagnée ^ vive la messe \ mais le triomphe fut de courte durée. Le prince d'Orange , qui veillait sur toutes les démarches de Monsieur, donna si bon ordre partout, ou phi tôt fit si bien exécuter ceux qu'il y avait mis de longue main , que les soldats de Monsieur furent repoussés , taillés en pièces , ou précipités presque tous ; car, la frayeur s'étant mise parmi eux, ceux qui ne purent sortir par les portes , que la grande quantité de cadavres avait bouchées , se jetèrent du haut des murailles.
J'étais monté à cheval sur les deux heures après midi, pour aller joindre Monsieur dans la campagne. Je n'étais pas encore sorti de la ville lorsque j'entendis les premiers cris des agresseurs, et que presque aussitôt après je rencontrai le prince d'Orange , qui me dit , et à quelques gentilshommes français qui étaient avec moi , de nous retirer chez lui. Comme Français, il n'y avait que du danger à courir pour nous dans la ville en ce moment ; comme huguenots , il n'y en avait pas moins de la part de l'armée française , si elle fût demeurée en possession de la ville. Nous suivîmes son conseil , et nous ne le revîmes qu'après qu'il eut rétabli parfaitement le calme dans la ville. Tous les soins qu'il se donna pour apaiser les
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Flamands , et pour leur faire oublier une démarche si inexcusable , sont autant de preuves qu'il ne se porta qu'à regret, et à son corps défendant, à une action qu'aucun Français ne désapprouva. Il ne tint pas à lui que le parti protestant en Flandre ne se raccommodât avec Monsieur : et pour nous, ayant su que notre intention était de joindre ce prince , il nous mit tous en état de le faire sans risque.
Nous le trouvâmes fort embarrassé dans les en* virons de Malines , dont les habitans , en lâchant leurs écluses , avaient fait un grand marais. Il y périt bien quatre ou cinq mille hommes de son armée, et autant de chevaux, de faim et de froid, dans une saison aussi rigoureuse. Monsieur ne laissa pas de demeurer encore cinq ou six mois en Flandre depuis cette funeste entreprise; mais son armée avait été si considérablement diminuée , le reste était si délabré , les villes étaient si bien sur leurs gardes , et , pour comble de malheur, le prince de Parme revenait si supérieur, que Monsieur fut enfin obligé de repasser en France avec M. le duc de Montpensier et le maréchal de Biron, ne laissant de lui dans tous les Pays-Bas que la mémoire d'un nom justement détesté. Malheur à tout prince assez imprudent pour ne pas pouvoir cacher sa haine contre ceux dont le service lui devient nécessaire ! Mais disons tout d'un
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coup, à l'avantage de la vertu, quelle est, tout bien considéré, ce qui assure de la manière la plus infaillible le succès des grandes entreprises. La sagesse , l'équité , la bonne discipline , l'ordre , le courage, le bonheur, toutes choses que la vertu fait naître dans l'ordre où elles sont marquées ici , voilà tout l'enchaînement des actions des hommes véritablement grands. La marche de ceux qui se parent injustement de ce beau nom n'offre au contraire que témérité et opiniâtreté , compagnes de l'aveugle ambition, qu'ivresse de leur puissance , vaine confiance en leurs talens , présomption de leur bonne fortune ; tous effets de la flatterie , qui , pour l'ordinaire , ne subjugue aussi impérieusement personne que ces prétendus héros qui se croient nés pour subjuguer tout le monde. Je ne voulus pas quitter la Flandre sans voir les lieux qui avaient donné naissance à mes ancêtres. Je pris un passe-port du comte de Barlaymont \ et je vins à la Bassée chez madame de Mas tin , ma tante. Elle me reçut comme un neveu qu'elle avait déshérité parce qu'il ne croit ni en Dieu ni en ses saints, et qu'il n'adore que le diable ; c'est l'idée que le père Silvestre , cordelier, grand prédicateur et directeur de cette dame, avait jugé à propos de lui donner de tout prote$-
' Claude de Barlaymont , sieur de Hautepenne.
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tant , et elle le oroyait sur -sa parole. Elle me mena voir une abbaye qu'elle avait fondée ; et , en me montrant les tombeaux de quelques-uns de mes aïeux qu'elle y avait fait placer, elle prit dp là occasion de me parler de ma croyance. Si je fus surpris de lui entendre débiter les rêveries que le père Silvestre lui avait mises dans la tête , elle ne le fut pas moins lorsque, pour la détromper, je lui récitai le symbole, et toutes les prières qui nous sont communes avec les catholiques romains. Les sentimens de la nature se réveillèrent dans l'esprit de cette dame avec ceux de la raison ; elle n'avait manqué à mon égard que par sa grande simplicité. Elle m'embrassa les larmes aux yeux , et me promit que non-seulement elle m'assurerait tous ses biens , mais encore qu'elle me ferait rendre ceux du vicomte de Gand. Elle parlait sincèrement; sans doute que le père Silvestre trouva des raisons encore meilleures pour détourner l'effet de ses bonnes intentions ; car rien de tout ce qu'elle m'avait promis ne s'exécuta.
J'avais surtout une envie particulière de voir la ville de Béthune , patrie et ancien doq|ti|fi6 de mes ancêtres, qui y possédèrent k>ng-téiiiHMl^^<ies biens considérables. La trahison dont IMtàoisieiir avait usé avec la ville d'Anvers tenait en soupQQiQbL toutes les autres villes des Pays-Bas. On ne me laissa entrer dans Béthune qu'après que j'wsiliion*-