LIVRE SECOND. l
tré mon passe-port , déclaré mon nom , et fait voir que je venais de chez madame de Mastin : ce qui produisit un effet auquel je ne m'attendais pas. Je prenais le chemin de l'hôtellerie où pend pour enseigne l'écu de la maison de Béthune , lorsque je vis venir à moi un peloton de gens armés, qui me causa quelque appréhension. C'étaient les bourgeois de la ville, qui, pleins de respect pour le sang de leurs anciens seigneurs, n'avaient pas plus tôt su qui j'étais , qu'ils avaient jugé à propos de me faire tous les honneurs possibles , et m'apportaient un présent en vin , en pâtisseries et en confitures. Je ne partis de cette ville qu'après l'avoir visitée exactement, et avoir examiné avec un secret plaisir tous les monumens ptifolics et particuliers qui conservent à la postérité la mémoire des bienfaits de mes pères pour cette ville , et celle de sa reconnaissance.
La Flandre n'ayant plus rien qui m'arrêtât, je revins en France, prenant le droit chemin de Rosny, où je ne fis presque que passer. Je me remis en marche pour la Guienne , plein de joie de rejoindre le roi de Navarre apjfès une si longue absence. Ce prince me reçut d'une manière qui ne me permit pas de douter qu'il ne fut sensible à mon retour. Il voulut que je lui contasse toutes mes aventures et celles de Monsieur. « Eh bien ! •( me dit-il ensuite, n'est-ce pas là l'accomplisse-
l36 MEMOIRES DE SULLT.
« ment de tout ce que je vous dis de ce prince à a Coutras? Mais le vicomte de Turenne, que je a dissuadai, autant qu'il me fut possible, de le a suivre, y a encore plus mal fait ses affaires que « vous. »
L'exj3édition de Monsieur dans les Pays-Bas avait irrité TEspagne au point de lui faire songer à rechercher l'amitié du roi de Navarre , et de lui offrir ses secours pour recommencer la guerre contre les royalistes de France. Il en reçut la proposition à Hagemau , où il était allé voir la comtesse de Guiche ' : car il était alors dans le fort de sa passion pour cette dame. La défiance qu'avait Henri de tout ce qui lui venait d'Espagne, et sa haine naturelle pour cette cour, l'empêchèrent d'y ajouter foi. Je ne voudrais pas être caution de la sincérité des Espagnols toutes les fois qu'ils firent faire à ce prince des offres par Bernardin de Mendoce, le chevalier Moreau et Calderon, en différens temps. Je crois pourtant qu'il y a eu des
' Diane Dandoîns, vicomtesse de Louvigny, etc., épouse et ensuite veuve de Philibert , comte de Grammont. Il est marqué, dans les obsenrations sur les amours du grand Alcandre, que cette dame envoyait à Henri IV des levées de vingt-trois et vingt-quatre mille Gascons qu'elle faisait à ses dépens. On y voit aussi qu'elle eut un fils, nommé Antonin, que ce prince olTrit de reconnaître pour sien ; mais que ce jeune homme répondit qu'il aimait mieux être gentilhomme que bâtard de nû. Journal duk règne de Henri ÎU, p. 270.