LIVRE SECOND. l3'J
momens OÙ le roi d'Espagne agit de bonne foi avec le roi de Navarre * ; et celui-ci pourrait être du nombre. Quoi qu'il en soit , le roi de Navarre n'y répondit point, et ne s'en servit que pour convaincre le roi et la rieine-mère de la pureté de ses intentions. Il m'envoya à Paris les informer de cette démarche de l'Espagne.
On ne parlait presque plus au roi. Ce prince , retiré à Vincennes , était inaccessible à tout autre qu'à ses mignons et aux ministres de ses plaisirs. Je crus pouvoir trouver le moyen de l'aborder par la reine de Navarre : car cette princesse, dont rhumeur ne pouvait sympathiser avec celle du roi son mari , l'avait encore quitté * pour retourner à la cour de France. Mais madame de Béthune
' Ce qui porte à le croire, c'est qu'à cette lettre du roi d'Espagne, présentée au roi de Navarre par le chevalier Moreau , ou le commandeur Morée , comme l'appelle Davila, liv. ii, fut jointe une offre de cinquante mille écus par mois, faite par le même chevalier au vicomte de Chaux , sur la frontière de Béam, pour l'entretien de l'armée du roi de Navarre, s'il voulait faire la guerre à la France. Mém. de la Ligue, t. 5.
• Depuis ce temps-là ils vécurent toujours séparés l'un de l'autre, malgré les reproches que faisait quelquefois Henri III au roi de Navarre sur ce sujet, et sur quelques autres dont parle l'Étoile. Un jour que ce dernier avait reçu du roi qucilques lettres assez piquantes : « Le roi, dit-il, par toutes ses « lettres, me fait beaucoup d'honneur : par les premières , il « m'appelle c... , et par les dernières, fils de p »
manqué d'un coup de pistolet ' dans sa chambre à Anvers , la populace , qui crut ne pouvoir accuser de ce coup que les Français , se souleva , et voulut faire main -basse sur eux. Monsieur ne trouva de sûreté qu'en se réfugiant chez le blessé. Lorsque la véritable cause de cet assassinat ^ eut été découverte, il n'y eut point d'excuses ni de satisfactions que les bourgeois ne fissent à Monsieur de l'injustice de leurs soupçons , et de la révolte qu'ils avaient causée 4 mais cet outrage était demeuré trop fortement imprimé dans le cœur de Monsieur. Il se promit bien à lui-même qu'il s'en vengerait d'une manière éclatante. Le prince d'Orange n'était pas un homme qu'on trompât aisément ; dès ce moment il commença à être sur ses gardes, parce qu'il lut dans le cœur du prince son ressentiment , et la haine envenimée qu'il portait à tous les protestans en général.
■ Le 18 mars i582, par Jean de Jaureguy, Basque de nation; le coup lui perça la mâchoire de part en part. Le meurtrier fut tué par les gens du prince d'Orange, qui vinrent au bruit dans le temps qu'il tirait un poignard pour l'achever. Chron. PiaseckL
* On connut , par les papiers qu'il avait dans ses poches , qu'il était J'spagnol : ce qui apaisa le peuple, prêt à faire main-basse sur les Français. Mémoires d*Auhery du Maurier. Le peuple criait dans les rues : « Voici des noces de « Paris : allons tuer ces massacreurs. » Matthieu y t. i , livre 7 a la fin.