‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 69 sur 231 · LIVRE SECOND. ï^l · texte numérisé non relu

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après , et elle est du nombre des choses ' qu'il est bon de couvrir du silence. Cela ne m'empêcha pas de commencer ma nouvelle fonction à Paris et à la cour. Je donnais des avis exacts au roi de Navarre de tout ce qui s'y passait, afin que ce prince pût prendre les mesures les plus convenables à l'état de ses affaires.

Engagé dans ce nouveau genre de vie, qui m'obligeait , par la nature même des occupations dont j'étais chargé , à fréquenter la cour , à me mêler dans les compagnies les plus brillantes de la ville , à prendre part à leurs plaisirs , à leurs amusemens , à leur oisiveté , dans la fleur et la force de mon âge, on entendra sans étonnement que j'ai payé à l'amour le tribut ordinaire. Je devins éperdument amoureux de la fille du président de Saint-Mesmin , une des plus belles personnes de France. Je me livrai d'abord à une passion dont les commencemens sont si délicieux , et lorsque je voulus la combattre ensuite par la réflexion que cette alliance ne me convenait point , je trouvai cette réflexion bien faible contre les égards qu'avait pour moi toute cette famille , contre l'amitié d'un père respectable, et plus encore contre les charmes d'une maîtresse qui méritait d'être aimée. J'aurais

' Ceux qui sont curieux de le savoir n'ont qu'à consulter le chap. 7 de la Confession de Sancy,

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eu bien de la peine à rompre seul cette chaîne. Lafond * me proposa , pour faire diversion , de voir mademoiselle de Courtenay ^ , dont il souhaitait que je fisse la recherche, comme d'un parti qui me convenait mieux à tous égards. Je la vis, et j'approuvai intérieurement ce choix; mais mademoiselle de Saint -Mesmin détruisait bientôt toutes ces sages réflexions.

Je vins unç jour coucher à Nogent- sur -Seine, ayant avec moi ce même Lafond et quelques autres personnes. Le hasard y avait conduit singulièrement mademoiselle de Saint-Mesmin et mademoiselle de Courtenay : ce que j'appris eii mettant pied à terre dans l'hôtellerie. La conjoncture était des plus délicates; et je jugeai qu'il n'y avait pas moyen d'en sortir qu'en rompant pour toujours avec celle des deux demoiselles à laquelle je refuserais mes soins et ma première visite. 11 n y a ni ménagement, ni adresse qui puisse en pareil cas satisfaire deux femmes à la fois. La jeune sœur de la Saint-Mesmin descendit en ce moment , et me trouva rêveur comme un homme qui cherche à accorder la raison avec l'amour. Elle s'en aperçut; et, mon embarras donnant un beau champ k la vivacité de son esprit , elle allait m'en traîner

' Lafond était son valet de chambre; il en sera encore parlé. • Anne de Courtenay, fille puînée de François de Courtenay «eigncur de Bontin.

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