LIVRE SECOND. l
aux pieds de sa sœur, lorsque Lafond s'approchant de mon oreille : « Tournez à droite, Monsieur, <c me dit-il , vous trouverez des biens , une extrac- « tion royale, et bien autant de beauté lorsqu'elle « sera en âge de perfection. » Ces deux mots , lâchés à propos , rappelèrent ma raison , et fixèrent mon irrésolution. Je convins que Lafond me donnait un bon conseil, et que la seule différence pour la beauté entre mademoiselle de Courtenay et sa rivale était que l'une tenait du côté des charmes ce que l'autre ne faisait que promettre dans un ou deux |ins au plus tard. Je m'excusai d'aller voir mademoiselle de Saint-Mesmin , ce qui m'attira de grands reproches ; mais je soutins Tassaut; et de ce pas je me rendis à l'appartement de mademoiselle de Courtenay, à qui l'on fit valoir ce sacrifice bien au-delà de son prix. Elle me sut gré de la préférence; je m'en applaudis moi-même lorsque j'eus considéré plus attentivement ma nouvelle maîtresse , et que quelques visites déplus m'eurent fait connaître son caractère. Elle agréa mes soins , et , peu de temps après cette aventure, je l'épousai \
Ce qu'on doit de tendresse à une épouse aimable me retint chez moi à Rosny , pendant cette
• Gujr de Béthune , fils d*Alpin de Béthune , bisaïeul de M. de Rosny, avait aussi épousé une Françoise de Courtenay
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année i584 entière, dans les occupations, les exercices et les divertissemens de la campagne : autre genre de vie qui ne m'était pas moins nouveau. Pour tous ceux à qui la vie de la cour et celle de la guerre ont passé en habitude , la campagne est ordinairement une occasion de dépenser doublement : mais elle fournit bien des ressources à celui qui sait qu'une bonne économie peut suppléer aux grandes richesses. Le goût des beaux chevaux, que je n'avais cultivé que par le seul plaisir, trouva utilement sa place dans cette économie domestique. J'entretenais des écuyers qui allaient me chercher des chevaux dans les pays étrangers , où ils étaient à vils prix ; je les envoyais vendre en Gascogne , à la cour du roi de Navarre, où je ne manquais pas d'en tirer de fort grosses sommes. Je me souviens d'avoir vendu entre autres au vicomte, .de Chartres six cents écus un cheval rouan, fleur de pêcher, qui ne m'en avait coûté que quarante. La tapisserie des travaux d'Hercule, qui pare la salle de Sully, me vient de M. de Nemours de La Garnache , qui me paya en cette monnaie un fort beau cheval d'Espagne que je lui avais vendu douze cents écus.
Sur la fin de l'année * , une lettre du roi de Na-
' La paix n'ayant été rompue que Tannée suivante , les mémoires de celle-ci, comme des précédentes, nous apprennent peu de choses du roi de Navarre. Le Grain rapporte Taven-