LIVRE SECOND. l^g
il était ordonné à tout huguenot d'aller à la messe , ou sortir du royaume dans six mois. Joyeuse , qui avait mes deux frères dans son armée, passa par Rosny , et m'engagea sans peine à aller avec lui : en attaquant la Ligue, on entrait dans les véritables intérêts du roi de Navarre. Je lui fis la meilleure réception qu'il me fut possiWe; mais rien ne le charma tant que la beauté de mes chevaux. Lavardin prit aussi son chemin par Rosny , et alla loger à l'extrémité du bourg. Chicot % qui voudraient contre le roi et le royaume. Il prévit dès-lors toiis les malheurs qui allaient arriver à la France. Voyez ces articles de Nemours et les démarches de la Ligue, soit en France, soit à Rome , dans le tome i des Mcrnoires de Nevcrs, p. 66 1 et suiv. ' « Chicot était un Gascon, brave, riche et bouffon. Il blessa « à la cuisse Henri de Lorraine, comte de Chaligny (pendant « le siège de Rouen), et l'ayant fait prisonnier, le présenta au « roi Henri IV, en lui disant : Tiens, voilà ce que je te donne. « Le comte, fâché de se voir pris par un fou, lui donna du « pomineau de son épée sur la tète, et il mourut du coup. Il « disait au roi tout ce qu'il voulait, sans que sa majesté le «( trouvât mauvais. Quand le duc de Parme vint en France, « ChioûC 4Kt au roi , devant tout le monde : Monsieur mon « «noiî) je vois bien que tout ce que tu fais ne te servira de « rien, si to ne te fais ou contrefais catholique. Une autre fois : « De moi je tiens tout assuré que tu donnerais en im besoin « les papistes et huguenots aux protonotaires de Lucifer, et « que tu fusses paisible roi de France ; aussi-bien, dit-on, que « vous autres rois n'avez de religion qu'en apparence. Je ne « m'ébahis pas, dit-il encore à sa majesté, s'il y a tant de gens « qui aboient après être roi : le métier en est bon ; car en
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lut donner carrière à son humeur enjouée , aux dépens de Lavardin , qu'il n'appelait que la folle , lui envoya dire avec mystère que ce diable d'huguenot, c'était moi dont il voulait parler, avait retenu prisonnier le 'sourdaiit ^ autre surnom qu'il donnait au duc de Joyeuse. Lavardin , sans songer que son entreprise eût *été très-inutile, quand elle n'aurait pas été ridicule , s'arma promptement avec tous ses domestiques, et vint faire une bravade devant ma maison, où les railleries de toute la compagnie ne lui furent pas épargnée^
On ne croira pas aisément ce que je vais dire. A j).'iue étions-nous partis tous ensemble, qu'en arrivant à Verneuil, le duc de Joyeuse reçoit im paqMt't de la cour par lequel on lui fait savoir qiu* le roi a fait la paix avec la Ligue, et que son intijition est qu'il mène contre le roi de Navarre l'armée qui n'était partie que depuis deux jours seulement pour le soutenir contre la Ligue '.
« travailiaot nnc heure de jour, il y a moyen de vivre le reste « do la semaine, et se passer de ses voisins; mais, pour Dieu, « Monsiei>r nu^n aini , ^arHez>vous de tomber entre les mains « dfs li.'iieurs ; car vous pourriez tomber entre celles de tel « qui vous pendrait comme une andouille, et puis fendt « éci ire sur votre poïence : à l'écu de France et de Navarre y « cean . , bon logis pi»ur y rester. » Mém. pour ïhntoire de France^ t. a, p. 7a.
' Les ligaeurS) assemblés à Châlons, y obligèrent le roi,
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loyetUjj^me l'îg^prit, en me disant : <c*Hé bien, « M. le i)aron de Rosny , c'est à ce coup que j'au- « rai vos beaux chevaux à bon marché, car la « guerre est déclarée contre ceux de la religion ; « mais je m'assure que vous ne serez pas si sot « que d'aller trouver le roi[, -de Navarre , et vous « embarquer dans un parti cpii serqinfailliblement ce ruiné , et vous ferait perdre votre belle terre de « Rosny. » Le duc de Joyeuse aurs^it pu p%rleç encore long-temps sans que je l'eusse interrompu. Je connaissais assez la cour pour que rien rie dût me surprendre de sa part. Mais je pensais avec étônnement par combien de traverses la fortune se plaisait à faire passer le roi de Navarre avant qu'il arrivât à la grandeur qu'elle lui destinait : car j'en étais toujours intérieurement persuadé , et les prédictions de la Brosse ne me sortaient point de l'esprit. Aussi toute ma réponse à Joyeuse ne roula que là-dessus, et après cela je le quittai
qui s'en excusa secrètement au roi de Navarre sur la nécessité. Ce prince et la reine sa mère se laissèrent effrayer mal à propos par les menaces de la Ligue, dont on leur exagéra les forces, quoiqu'il fût très-facile de la détruire danç ses commencemens. On manqua encore dans le conseil l'occasion de réunir les Pays-Bas à la couronne, en renvoyant sans réponses les députés de ces provinces, qui étaient venus offrir au roi cette souveraineté, s'il voulait fuire marcher ses troupes de ce côté" là, et qui paraissaient souhaiter ardemment qu'il l'acceptât. Voilà deux grandes fautes à la fois. De Thou, liv. 8i.
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brusquement. L'écart dut lui paraître un peu fort; et j'ai su qu'il dit à ceux qui étaient à côté de lui : a Voilà un maître fou 1 mais il pourrait bien s'aa buser avec son sorcier. »
Je revins chez moi, d'où je repartis incontinent , après avoir pris quelques nouvelles mesures conformes au changement subit qui venait d'arriver, et je passai promptement en Guienne, où était le roi de. Navarre. Je demeurai près de lui pendant quatre ou cinq mois , qu'il employa à se préparer contre l'orage. Il me mena àMontauban , où il se tenait de fréquentes conférences entre les protestans sur le parti quon devait prendre dans cette conjoncture. Le malheur est que, dans une occasion où il y allait de tout pour les réformés, ils n'entendaient pas assez leur writable intérêt pour se tenir du moins parfaitement unis, et pour concourir de bonne foi dans les mêmes vues. Une. partie des principaux chefs songeaient dès ce temps-là plutôt à leur agrandissement particulier qu'à celui du roi, sans faire réflexion que leur fortune tenait si bien à la sienne, qu'il était impossible qu'ils réussissent, s'il échouait. Chacun se bâtissait à lui-même sa fortune hors du plan général. Dans une conférence plus particulière , qui fut tenue à Saint-Paul de Lamiate , on donna audience à un ministre docteur, envoyé de l'électeur palatin, nommé Butrick, où parut