LIVRE SECOND. ï
o avec plus d'éclat cette désunion des esprits. Le vicomte de Turenne y donna les premières marques de cet esprit inquiet, double et ambitieux, qfiii formait son caractère. Il avait projeté, de concert avec ce Butrick , un nouveau système ' de gouvernement , dans lequel ils avaient entraîné MM. de Constans, d'Aubigné, de Saint-Germain- Beaupré, de Saint-Germain-de-Clan, de BrezoUes et autres. Ils voulaient faire de la France calviniste une espèce d'état républicain , sôus la protection de l'électeur palatin, qui tiendrait en son nom cinq ou six lieutenans dans les différentes provinces.
En examinant ce projet, on conviendra aisément que le roi de Navarre était quitte de toute reconnaissance envers ces messieurs, puisque par ce plan on confondait tous les princes du sang avec les officiers du parti religionnaire , et qu'on les- réduisait à la qualité de simples lieutenans d'un petit prince étranger. Ce n'est pas là la seule fois que leroi de Navarre a trouvé des ennemis
' L*historien qui nous a donné la vie du duc de Bouillon ne disconvient pas que ce ne fût là l'objet de ce seigneur calviniste. Il était très-habile politique , très-ambitieux , très-passionné pour la qualité de chef des calvinistes de France, et très-capable de remplir cette place; voilà tout ce qu'on peut dire en adoucissant les termes un peu trop forts dont Sully se sert fréquemment dans ses mémoires , lorsqu'il parle du duc de Bouillon.
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secrets dans son conseil, parmi ses créatures et ses serviteurs, en apparence les plus zélés, parmi ses amis même et ses parens. Il faut s'attendre à tout de la part des hommes. Ils ne tiennent pour la plupart à leurs devoirs, à la société, à la parenté, que par leurs espérances et leurs succès, non par les bienfaits, la bonne foi et la vertu. Mais comment ces habiles politiques prétendaientils maintenir l'union et la concorde dans leur prétendue république , eux qui lui donnaient tant de têtes, et de têtes aussi indépendante^ les unes des autres que peu soumises à un protecteur trop faible pour se faire obéir? On aperçoit d'abord quel est leur objet. Ils voulaient devenir chacun dans leur district autant de souverains ; et ils ne voyaient pas que par là ils n'auraient fait qiie se livrer les uns les autres à la discrétion de la Ligue et de l'Epagne, qui les auraient détruits facilement en les attaquant séparément.
Ces menées des principaux officiers du parti. réformé avec l'étranger, qui se faisaient d'une manière assez cachée , n'empêchèrent pas heureusement que le meilleur parti ne prévalût dans les assemblées. Le duc de Montmorency ' opina que, dans le danger présent, tout le monde se tînt uni , et se mît efficacement sur la défensive. J'in-
' C'est Henri, maréchal de Banville, devenu duc de Montmorency.