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sistai dans tdtis les conseils sur la nécessité de reconnaître l'autorité d'un chef unique, et de ne pas- dissiper le pouvoir à force de le partager. Au sortir de l'un de ces conseils , le roi de Navarre me tira à quartier et me dit : ce M. le baron de « Rosny, ce n'est pas tout que de bien dire, il a faut encore -mieux faire. N'êtes- vous pas résolu a que nous mourions ensemble? Il n'est plus a temps d'être bon ménager. Il faut que tous 1^ « 'gens d'honneur , et ceux qui ont de la con-r « science, emploient la moitié de leurs biens pour « sauver l'autre. Je m'assure que vous serez des ce premiers à m'assister ; aussi je vous promets que , a si j!ai jamais bonne fortune, vous y participe- « PCSB. Non, non. Sire, lui répondis-je, je ne veux «c point que nous mourions ensemble, mais que « nous vivions et que nous cassions la tête à ..« tous nos ennemis. Mon bon ménage n'y nuira « pas. J'ai encore pour cent mille francs de bois « à, vendre que j'emploierai à cela. Vous m'en douce nerez un jour davantage , lorsque vous serez « bien riche. Cela arrivera. J'ai eu un précepteur, ce qui avait le diable au corps , qui me l'a prédit. » Le roi de Navarre ne put s'empêcher de rire de cette saillie. « Or bien, mon bon ami, me dit-il en « m'embrassant étroitement, retournez -vous -en « chez vous, faites diligence, et me venez re- « trouver au plus tôt avec le plus de vos amis
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« que vous pourrez ; et n'oubliez pas vos bois de « haute futaie. » Il me communiqua ensuite le dessein qu'il avait d'approcher la guerre de Paris, ou du moins de la Loire; c'était en effet le seul moyen de réussir. Il m'apprit qu'il avait pratiqué quelques intelligences dans Angers; mais qu'il craignait que le prince de Coudé , par sa précipitation, n'y mît plus d'obstacles que les catholiques. La suite fera voir s'il pensait juste. Il me promit de m'instniire de tout ce qui se passerait ; et me congédia après mille témoignages d'affection que je n'oublierai jamais.
J'arrivai à Bergerac presqu'au même moment qu'y arrivaient aussi le cardinal de Lénoncourt ' , MM, de Sillery et de Poigny , députés de la cour vers le roi de Navarre, pour lui faire une dernière représentation sur la nécessité de se soumettre aux volontés du roi, et de changer de religion ^.
' Philippe de Lénoncourt, cardinal et archevêque BeReijns; Nicolas Brulard, marquis de Sillery, depuis chancelier; Jean d'Angennes, seigneur de Poigny.
* On lit dans les mémoires de la vie de J. A. de Thou, liv. 3, une conversation de Michel de Montaigne avec ce président, qu*on ne sera pas fâché de voir ici : « Comme ils s'entrete- « naient, dit l'auteur, des causes des troubles, Montaigne lui «dit (à ce président) qu'il avait servi de médiateur entre le « roi de Navarre et le duc de Guise, lorsque ces deux princes « étaient à la cour; que ce dernier avait fait toutes les avances * par ses soins, par ses services et par ses assiduités, pour
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Pojgny vint me trouver le lendemain, et, en m'expc^ant le sujet de^sa commission, il me demanda ce*que je pensais sur le but de son vojage. Je
l'assurai qu'il prenait une peine inutile , et qu'il fallait^autre chose que des paroles auprès du roi de Navarre dans une occasion où la religion , l'état et l'autorité royale étaient en si grand danger. Il haussa les épaules, soupira de ma réponse, et au lieu de répliquer : « Je crois, me dit-il , qu'une « messe est de difficile conquête en cette ville. »
« gagner l'amitié du roi de Navarre ; mais qu'ayant reconnu « qu'il le jouait, et qu'après toutes ses démarches, n'ayant « trouvé en lui qu'un ennemi implacable, il avait eu recours à « la guerre, comme à la dernière ressource qui pût défeijdre « l'honneur de sa maison ; que l'aigreur de ces deux esprits « était le principe d'une guerre qu'on voyait aujourd'hui si al- « lumée; que la mort seule de l'un ou de l'autre pouvait la « faire finir; que le duc, ni ceux de sa maison, ne se croiraient « jamais en sûreté tant que le roi de Navarre vivrait ; que ceci lui-ci, de son côté, était persuadé qu'il ne pourrait faire va- « loir son droit à la succession à la couronne pendant la vie « du duc. Pour la religion, ajouta-t-il , dont tous les deux font « parade, c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux « de son parti; mais la religion ne les touche ni l'un ni l'autre. « La crainte d'être abandonné des protestans empêche seule « le roi de Navarre de rentrer dans la religion de ses pères; et « le duc ne s'éloignerait point de la confession d'Ausbourg, « que son oncle Charles , cardinal de Lorraine, lui a fait goû- « ter, s'il pouvait la suivre sans préjudiçier à ses intérêts; et « que c'étaient là les sentimens qu'il avait reconnus dans ces « princes , lorsqu'il se mêlait de leurs affaires. »
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*j. . iit
Je l'y conduisis moi-même avjec les autres doutés ; tâchant à. leur persuader^ par cette "liberté qu'on donnait aux catholiques dans une ville dont les réformés étaient les maîtres , que ceux-ci n'é-
. taient pas les véritables ennemis du roi. «
U arriva de cette députation ce que j'avais prédit aux députés. Pour moi, j^ continuai moif voyage à Paris, où en arrivapt je trouvai qu'on ne parlait que de ruiner de fond en comble le roi^de .Navarre et d'exterminer les huguenots. Tout s'y passât au gré de la Ligue , qui commandait souverainement depuis la honteuse démarche du roi; et il fallait que tout ce qui restait dé bdhs Français se cachassent pour gémir des malheurs que la faiblçsse du roi attirait sur le royaume. Ce fut
^ ¥ers ceux-là que je me tournai, et j'eus quelques conférences avec MM. de Rambouillet ' , de Montbazon l'aîné d'Aumont, de La Kocheguion, des
iyArpentis, et quelques autres. Ils me donnèrent assurance que, si une fois le roi paraivssait aux environs de la Loire , il verrait bientôt marcher à sa suite un nombre considérable de bons Français. Jç les affermis autant que je pus dans ces
' Nicolas cl*Angennes, marquis de Rambouillet; Louis de Rohan, fait duc de Mootbazon en iSyS; Jean d'Aumont, maréchal de France ; W de Silly, comte de La Roche^uion;
Louis du Bois, seigneur des Arpentis, maître de lagarde-rob« du roi , gouverneur de Touraine.
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bqpne^ résolutions ^ Çf , après avoir acheté des cb^aux à Paris, je me hâtai d'amasser lés sommes d'argfent que j'avais promises au roi.
j'appris par le* bruit public ce qui veiàait d'arrfver à Angers. Pour en être informé , il faut reprendre la chose d'un peu plus haut. Brissac"^, qui était gouverneur du château de cette ville, y avait mis en son absence un lieutenant nommé le capitaine Grec^ avec vingt soldats sur lesquels il comptait. Deux de ces soldats, qui avaient été de la religion , se laissèrent gagner par le roi de Navarre et le prince de Condé, et n'attendirent que l'occasicm favorable de lui livrer le château , qui emportait la reddition de la ville, lorsqu'on apprit à Angers que Henri III s'unissait avec le roi de Navarre contre la -Ligue , il se forma un^troisième parti en faveur du premier, conduit par du Hallot ^ , qui rechercha Rochemorte et Fresne ; c'est ainsi que s'appelaient les deux soldats. La chose n'ayant pas demeuré long-temps en cette situation , les deux soldats , pressés par le prince de Condé, surprirent le capitaine Grec, et le tuèrent avec quelques-uns de ses soldats : après quoi
' Il est parlé dans de Thou, liv. 82 , de cette négociation de M. de Rosny auprès de Henri III.
* Charles de Cosse , comte de Brissac.
^ Michel Bon rro lige du Hallot ; Louis Bouchereau de Rochemorte j Léon de Fresne.
l6o MEMOIRES DE SULLY.
ils se saisirent du château , sans que du Hallot , qui n'était point au fait du changement arrivé à la cour, s'en mît en peine : au coiy:raire, il contint le peuple , en représentant que c'était par ordre dii roi que les deux soldats avaient agi ; et il demeura dans son erreur jusqu'à ce que, s'étant présenté pour entrer dans le château , il éprouva lui-même la perfidie de Rochemorte et de Fresne. Sa méprise lui fit perdre ^ la vie sur la roue. Jusque-là tout allait bien pour le parti du roi de Navarre et du prince de Condé; mais ils eurent aussi leurs revers. Rochemorte s'étant laissé attirer au-delà du pont par les cathohques , qui tenaient le château investi , s'aperçoit qu'on ne cherche qu'à surpendre la place, et à le prendre luimême. Il veut rentrer. Dans ce tumulte , ceux du dedans ne songent qu'à lever promptement le ponk Rochemorte s'attache aux chaînes qui lui échappent. Il tombe dans le fossé, où un cerf qu'on y nourrissait achève de le mettre en pièces. Il ne restait plus que Fresne. Deux jours après, comme il était endormi sur le parapet du mur, où il se croyait fort en sûreté, un coup de carabixie , tiré de l'autre côté de la rivière , c'est-à-dire de plus de cinq cents pas , le renverse mort : après
V ' Le roi craignait si fort la Ligue , qu'il désavoua hautement fentreprise de du Hallot.