‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 77 sur 231 · J. II · texte numérisé non relu

J. II

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persuadé qu'il n'avait jamais «rplns besoin de secours que dans la conjcmcture présente, et que, si je n'avais reçu aucune nouvelle de sa part comme il me Tavait promis, la seule dBfiiculté de les faire passer au travers d'une armée ennemie en était la cause. 5DL de Mouy ' , de Feuquières et de^Morinville, à qui je fis part de ma résolution, la trouvèrent trop basardelise, et refusèrent de s'embarquer avec moi. Je ne laissai pas de me mettre en chemin avec six gentilshommes pour toute escorte, et mes domestiques, dont deux portaient dans un porte-manteau chacun six mille écus en or.

Je vins coucher à Nonancourt, et la seconde journée à Châteaudun. Jusque-là il ne m'arriva aucune mauvaise rencontre, parce que, quoique tout fiit plein de soldats catholiques, on s'imagina partout que j'allais joindre aussi-bien qu'eux le gros de l'armée du duc de Joyeuse, avec qui, me dit un soldat nommé La Mothepotin, il faisait fort bon. Je délogeai de Châteaudun avant le jour, craignant les éclaircissemens , et je vins à Vendôme, où, ne voulant pas être reconnu par Benehart ^ , je fis passer Boisbreuil , l'un des gentilshommes de ma suite , pour le maître de la troupe,

* Isaac Vaudré ou Vaudray, sieur de Mouy ; N.... de Pas de Feuquières.

' Jacques de Mailly de Bendiart, gonvemeur de Yendôme.

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et je montai avec les domestiques sur un des porte -malles. On fit plusieurs, questions au plus apparent de la compagnie : il répondit juste, et on nous laissa passer. Nous traversâmes toute la ville, afin'^de venir loger dans le faubourg le plus reculé. Benehart, qui nous prit pour des catholiques, comme nous l'en assurions, nous envoya dire fort obligeamment qu'il nous conseillait de rentrer dans la ville , parce que l'armée de M. le prince, qui avait été repoussée devant Angers, étant dispersée par toute la campagne , et faisant des courses jusqu'aux portes de la ville ,'iiela rendait le séjour du faubourg dangereux. Nous aurions regardé comme un grand bonheur ce qu'il nous représentait comme un malheur : mais il fallait bien se donner de garde d'en rien témoigner. Le prétendu maître de l'équipage , feignant d'ajouter foi à cet avis, cria qu'on eût à recharger promptement les malles, et à rentrer dans la ville : ce fut à moi , qui faisais le domastique , à y mettre sous main tant d'empêchement , que la nuit vint. Le tumulte causé par l'embarras de tous ceux qui délogeaient (car tout le monde en avait reçu l'ordre) servit à couvrir notre feinte. Nous fîmes à la fin comme les autres ; mais , après que nos chevaux se furent repus et délassés , la nuit étant à demi passée, nous remontâmes à cheval; mais , au lieu de rentrer dans la ville , nous enfi-

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lames une rue détournée que j'avais fait reconnaître, et qui nous mit dans la campagne, du côté où je croyais que pou\^ait être l'armée du prince de Condé.

Le mal était que la feinte qui nous avait si bien réussi jusque-là pouvait causer notre perte , par l'impossibilité de reconnaître assez promptement de quel parti étaient ceux que nous rencontrerions. Il y allait de la vie pour une pareille méprise. Mais, n'y ayant à cela aucun remède, nous continuâmes notre marcbe avec assez d'inquiétude^^ et nous crûmes que nous ne devions rien cbanger à notre réponse ordinaire. En efifet , la première troupe que nous rencontrâmes fut la compagnie des chevau- légers de Fatandre. Au qui vive^ nous répondîmes, vive le roi; et Falandre , qui n'examina pas la chose plus à fond , nous conseilla de nous joindre à lui, dans la crainte de rencontrer la petite armée du prince de Condé , qu'il nous assura n'être pas éloignée , et dont nous pouvions, si nous ne le croyions pas, tirer de plus grandes lumières de deux ou trois compagnies d'argoulets ' qui venaient, disait-il,

' Ainsi appelés des arcs dont ils furent d*abord armés. U» servaient à pied et à cheval , comme font aujourd'hui les dragons. Lorsque les arquebuses furent devenues en usage, on les appela arquebusiers à cheval; et ce dernier nom est employé plos communément dans ces mémoires.

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