LIVRE SECOND. l
après lui. Ces dernières paroles nous fournirent un prétexte pour éluder son embarrassante civilité. Nous feignîmes d'avoir des raisons pour ne pas suivre la même route que lui , et d'attendre à prendre nos mesures sur la réponse que nous feraient ces argoulets. Intérieurement nous n'appréhendions pas moins cette autres rencontre; mais nous nous y disposâmes , comptant sur le bonheur d'échapper encore à la faveur du déguisement. Nous ne manquâmes pas , au qui vwe que nous fit la première compagnie qui se présenta , de répondre avec beaucoup d'assurance , vhe le roi^ persuadés que^nous avions en tête ces argoulets royalistes qu'on nous avait annoncés. Nous nous trouvâmes fort mal d'avoir raisonné ainsi. Les argoulets, ayant aperçu de loin les troupes du prince de Condé , s'étaient écartés du chemin , et s'étaient jetés dans les bois : au lieu d'eux, c'étaient quatre compagnies du prince , à qui nous avions affaire; ce que nous comprîmes sans peine, voyant que toute la troupe fondait sur nous , en noM^ couchant en joue, et nous criait de nous rendre. Je distinguai fort bien en ce moment trois capitaines de ma connaissance , dont il ne m'eût jJtis été difficile en toute autre situation de me faire reconnaître ; mais je fis réflexion que , dans ces sortes de rencontres, la première parole, le premier mouvement que l'on fait jK^tir s'expli-
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qùer, sont ordinairement pris pour un refus (Je se rendre, suivi d'une décharge à bout portant. Au lieu donc de nie nommer, et d'appeler ces officiers , je fis la démonstration d'un homme qui se rend prisonnier. Je descendis, laissai prendre mes chevaux, et marchai à la suite, jusqu'à ce que je fusse proche de MM. de Clermont ' et de Saint- Gelais, que je surpris fort en les embrassant. Ils me firent rendre mon équipage; et jusqu'aux malles où était mon or.
Le prince de Condé suivait de près ces quatre compagnies. Il ne pouvait croire ce qu'il voyait , tant il trouvait mon entreprisé hardie. Nous couchâmes dans cet endroit , après avoir soupe trèsfrugalement; et, lorsque le moment de nous séparer*>J[ut arrivé, ce prince, qui était si mal accoirij^gné , qu'il n'était nullement en état de tenir contre une* armée royale , ou même contre un détachement un peu fort , et dans un canton où on le cherchait de toutes parts , voulut m'engager à le recevoir dans ma troupe comme un simple gentilhomme. Il était trop connu , c'eût été le pwdre , et me perdre avec lui ; je le priai de m'en dispenser. Je fis le même compliment au duc deLaTrimouille *, et je ne me chargeai que de MM. de Fors, du
' Georges de Clermont d*Amboise, marquis de Galerande. * Claude, duc de La Trimouille.