LIVRE . SECOND
Plessis,-ïde Vérac et d'Oradour. Le prince de Condé resta extrêmement embarrassé, et trouvant encore plus de risque à demeurer au milieu de ses douze cents chevaux qu'à marcher à petit bruit , il les partagea tous en peletons , dont le plus considérable n'était que de vingt cavaliers, leur fit prendre de petites routes détournées , et marchant 4ui-méme par de semblables chemins , il échappa, lui douzième, à la poursuite de ses ennemis avec un bonheur dont on voit peu d'exemples.
Le mien ne fut guère moins grand. Aux ruses dont je m'étais servi j'en joignis une autre qui fit merveilles. Je pris le nom d'un de mes frères , après avoir coupé ma barbe et mes moustaches pour paraître plus jeune , ce qui ne me déguisait pas si bien que je n'entendisse dire à mes optes , partout où je passais , que je ressemblais parfaitement à mon frère le huguenot. Pour éluder les questions qu'on pouvait me faire , je prenais le ton d'un zélé ligueur. Je répandais le bruit de la dé&dte de M. le prince, et de la déroute des proteifàns par le duc de Joyeuse. Je vins de cette manière coucher à Château-Renaud. La grande difficulté était de passer la Loire. J'en serais v^nu difficilement à bout , sans M. des Arpentis , qui me rendit en cette occasion un vrai service d'ami. M. de Montbazon m'en rendit un autre. Il m'en-
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Yoya , comme je mettais pied à terre à MovAstzon , du vin et des poires de bon-chrétien ; et je reçus tant d'autres bons traitemens de sa part, que, quoique connu dans cet endroit, je cédai à la prière qu'il me fit d'y séjourner trois jours. Nous en avions besoin , nos cdievaux commençant à être fatigués. La mort, en enle\'ant peu de temps après M. de Montbazon ' , m'a privé des occasions de motitrer ma gratitude à un homme dont tous les sentiiflléns se portaient au bien de l'état.
A la faveur de mon nouveau déguisement, je traversai Chatelleraut et Poitiers. Je rencontrai à Ville-Fagnan im régiment suisse , qui se rendait à l'armée du maréchal de Matignon. Je tirai parti de cette rencontre. Les Suisses prirent pour bon tout ce que je voulus leur dire, parce que j'eus soin de leur donner à déjeûner tous les matins; et à la fin je crois que j'aurais pu compter sur eux, même sous mon non> véritable. Je fis quatre journées de chemin avec ces Suisses, et ne m'en séparai que le plus tard que je pus. Je les avais à peine quittés , que je fus reconnu par Puiferret , au passage de la rivière à Saint-Mars^nd. Il s'avança avec sa compagnie jusque sur le bord de la rivière : heureusement j'étais déjà sur l'autre bord; et, ayant de l'avance, je gagnai la maison
' U fut tué à la journée d'Arqucs.