LIVRE SECOND
de M. deNeufvy ^ A Marton, je descendis à mon ordinaire dans le faubourg , et aussitôt, je ne sais par quel pressentiment, je rentrai dans la ville. J'appris le lendemain que, pendant la nuit, on avait fait sauter avec un pétard la porte de l'écurie où l'on croyait qu'étaient mes chevaux. Je faisais sur cet accident mes réflexions, sans que cela m'empêchât de donner les ordres du départ, lorsque je fus abordé par un inconnu, qui mç dit : « Monsieur, je ne veux point m'informer « qui vous êtes ; mais si vous êtes huguenot , et « que vous partiez d'ici , vous êtes perdu. Il y a « une embuscade à cinq mille pas d'ici , de cin- « quante cavaliers bien armés , qui , à mon avis , « vous attendent. » Je remerciai cet homme de bonne volonté, sans paraître troublé de ce qu'il m'avait dit. Je lui répondis froidement que , quoique je ne fusse point huguenot, il me semblait toujours dangereux de tomber dans une embuscade. Je rentrai dans mon auberge , où , prétextant qu'un de mes plus beaux chevaux avait été encloué, je les fis desseller tous. Pour m'éclaircir de la vérité de ce que je venais d'entendre , je fis déguiser en paysan périgordin un de mes valets, qui en imitait parfaitement le jargon , et , après l'avoir ins-
' Le cadet , qui s'appelait Bertrand de Melet de Fayoles de Neufvy : car Madeleine de Melet de Fayoles, sieur de Neufvy, son aîné , était dans le parti de la Ligue.
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truit de ce qu'il avait à £Bdre , je le fis ayancer dans la campagne , du coté où Ton m'avait dit qu'était postée l'embuscade.
Il rencontra ces cinquante cavaliers, à qui il apprit , en répondant aux questions qu'ils lui Élisaient sur les nouvelles de la ville, que mon départ était différé au lendemain. Il les suivit jusqu'à un bourg à deux lieues de là, où ils se retirèrent, bien fâchés d'avoir manqué leur coup , et dans la résolution de se rendre le lendemain au même endroit; et il revint aussitôt sur ses pas me Êdre son rapport. Je pris ce moment pour partir. Tarrivai , après quelques autres petites aventures semblables, chez M. de Longa, et de cet endroit à Bergerac, où était le roi de Navarre. Ce prince, avec qui rien de tout ce qu'on faisait pour lui n'était jamais perdu, me tint long- temps embrassé, et se montra sensible à tous les risques que mon attachement pour lui m'avait fait essuyer. Il voulut savoir jusqu'aux moindres particularités de mon voyage, et principalement la rencontre que j'avais faite du prince de Condé, et le pas glissant où je l'avais laissé.
Rien ne peut exprimer l'embarras où ce prince se trouvait alors. Sans troupes, sans argent, sans secours , il voyait marcher contre lui trois puissantes armées; celles du duc de Mayenne et de Joyeuse s'avançaient à grandes journées ; et ac-