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tuellement il avait en tête celle du maréchal de Matignon. Les quarante mille francs que j'avais apportés vinrent fort à propos pour ce prince, J^. qui n'en aurait pas pu trouver autant dans toute sa cour. Nous marchâmes du côté de Castillon et de Monségur , que Matignon faisait mine de vouloir assiéger. Il se rabattit tout d'un coup sur Castets; ce qui nous obligea à tourner de ce côté. Après une longue marche , et par un très-grand froid , car c'était au mois de février , nous arrivâmes assez à temps pour faire lever ce siège.
Mais lorsqu'on apprit que l'armée du duc de Mayepne était proche , ce fut alors qu'on n'imagina plus de moyens de pouvoir résister à l'effort de deux armées si supérieures , et l'épouvante fut extrême. On ne savait de quel côté se tourner, ni quel parti prendre. L'un opinait que le prince se retirât dans le fond du Languedoc , l'autre plus loin encore; un troisième voulait qu'il passât en Angleterre , d'où , après s'être assuré d'un puissant secours , il irait se mettre à la tête de celui qu'on lui faisait espérer d'Allemagne. Tous convenaient en un point , que le prince devait s'éloigner de la Guienne. Je vis avec regret qu'un sentiment qui allait mettre en France le parti protestant sans remède était près de prévaloir ; et , le roi de Navarre m'ayant demandé le mien, je représentai que l'extrémité n'était pas assez pressante pour
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laisser les choses ainsi à l'abandon; qu'il serait assez temps d'en venir là lorsqu'on aurait encore essayé de faire tête partout ; ce qui ne me paraissait pas absolument impossible, en laissant, par exemple , le vicomte de Turenne sur la défensive en Guienne, avec un petit corps de troupes, tel qu'on pourrait le rassembler, tandis que le duc de Montmorency , faisant la même chose en Langyedoc , et Lesdiguières en Dauphiné , le roi se r&erverait la Rochelle et les environs à conserver, jusqu'à ce que les troupes étrangères , qui ne pouvaient tarder beaucoup à arriver , eussent nâs des deux côtés un peu d'égalité. Le roi de Navarre goûta cet avis, et déclara qu'il le suivrait :# Mais, ^ ajouta-t-il , le duc de Mayenne n'est paiP^Ét^hau- « vais garçon , qu'il ne me permette de me pro- « mener encore quelque temps dans la Guienne. » Il donna donc quelques ordres avant que de s'acheminer vers la Rochelle; et fit en Béarn un voyage que la conjoncture présente rendait indisp pensable.
Il n'y fut que huit jours; et , pendant cet intervalle, les deux armées catholiques s'étant jointes , et ayant saisi tous les passages par lesquels on croyait que le roi de Navarre pouvait se-rendre en Poitou, il se vit sur le point de ne pdtivoir sortir de Nérac. Dans cette fâcheuse conjoncture, ce prince résolut de tout tenter pour s'assurer un
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passage ^ Il partit de Nérac suivi de deux cents chevaux , avec lesquels il marcha vers Castel-Geloux : mais, au lieu d'aller jusque-là, il sépara toute sa troupe à moitié chemin , ne garda que ceux de nous qu'il trouva les mieux montés, et au nombre de vingt seulement, avec pareil nombre de ses gardes, marqua à tout le reste Sainte -Foi pour rendez-vous; puis ^ retournant tout court, il prit un chemin au milieu des bois et des bruyères, qu'il connaissait pour y avoir été souvent à la chasse , et arriva à Caumont , où il dormit trois heures. Nous passâmes la rivière après le soleil couché , et marcliâmes toute la nuit au travers des quartiers ennemis, et jusque sur les fossés de Marmande. Après quoi , faisant encore un détour par la Sauvetat , nous arrivâmes deux heures avant le jour à Sainte-Foi, où se rendirent aussi par différens endroits tous ses gens, qu'il avait séparés en petits pelotons, sans la moindre perte, pas même du bagage. Le duc de Mayenne , piqué de se voir ainsi trompé dans ses espérances, alla décharger sa colère sur Montignac-le-Comte , où le capitaine Roux et le sergent More firent une si belle défense contre toute cette armée, qu'elle ne
' Voyez ce passage du roi de Navarre , et toutes les expéditions militaires de part et d'autre, dans d'Aubigné, tome 3; Matthieu, tome i, liv. i8j Cayet, liv. i, et autres historiens.
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put les obliger à se rendre qu'en leur accordant les conditions les plus honorables.
Ce général trouva moins de résistance dans Sainte -Bazeille. Le gouverneur de cette petite place était Despeuilles , de la maison de Courtenay , et réputé très-brave homme ; ce qui me fit naître l'envie de m'y renfermer avec lui , contre l'avis de plusieurs de mes parens et amis, qui sans doute le connaissaient mieux que moi. Le roi de Navarre me refusa long-temps la permission que je lui demandais; enfin , vaincu par mon importunité, il me donna trente hommes, avec lesquels je me jetai dans Sainte-Bazeille. Je trouvai que la place était par elle-même fort mauvaise, sans remparts, n'ayant que des maisons de boue, que le canon traversait de part en part. Cependant on aurait pu y tenir du moins quelque temps; mais la peur saisit Despeuilles : il n'écouta aucun de nos avis ; et la tête lui tourna au point qu'il alla se remettre lui-même entre les mains des ennemis, qui traitèrent la ville comme ils jugèrent à propos. Le roi de Navarre, qui n'apprit d'abord cette nouvelle que fort confusément, s'en prit à nous tous. Lorsqu'il fut instruit de la vérité, toute sa colère se tourna contre Despeuilles. Ce qui le fâcha le plus , c'est que ce lâche gouverneur , s'étant présenté devant lui pour se disculper , avança fort imprudemment que, quand le prince lui-mém«
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y aurait «té j il n'aurait pas pu agir autrement. Le roi de Navarre le fit mettre aux arrêts, d'où il sortit au bout de huit jours, à notre sollicitation.
Le roi de Navarre n'abandonna la campagne qu'à la dernière extrémité , et après avoir disputé le terrain pied à pied. En se retirant, il jeta ce qui lui restait de monde dans Monségur , Castillon et Sainte-Foi. Je lui prêtai encore six mille livres pour fortifier Mont-Flanquin , où commandait Flo^ restan de Béthune. Enfin , craignant quelque événement fâcheux du côté de la Rochelle, il laissa le vicomte de Turenne avec quelques tiK)upes en Guienne, et prit le chemin de cette ville par Pons et Saint-Jean-d'Angely.
Il y avait des monxens où Henri III, indigné du personnage honteux que la Ligue lui faisait jouer, aurait fort souhaité de trouver quelque moyen de s'en venger ' : mais il eût voulu le faire sans rien risquer, et rejetait toujours, par ce motif, la pensée qui lui vint plusieurs fois d'appeler le roi de Navarre , et de s'unir avec lui. Les députés des quatre cantons suisses catholiques étant arrivés à Paris pour traiter du secours qu'on avait demandé quelque temps auparavant à cette répu-
' C'est dans ces momens qu'il disait , comme le rapporte l'Étoile : De inimlcis meis vindicaho inunicos meos ; voulant parler des ligueurs et des huguenots.
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blique, le roi, qui se trouva dans un moment de dépit contre la Ligue, jugea à propos dy faire servir ces Suisses, lesquels, avec les troupes dont il pouvait particulièrement disposer, et celles qui dépendaient du roi de Navarre , auraient fait im corps capable de mettre la Ligue à la raison. Il écrivit au roi de Navarre pour lui faire savoir ses nouveaux desseins , et lui demander un homme de confiance avec lequel il pût conférer sur toute cette affaire , et en particulier sur l'emploi qu'on ferait de ces Suisses. Un passeport en blanc était joint à Ja lettre, le roi le remplit de mon nom, et me fit partir sans différer.
J'arrivai à Saint-Maur ^ où était pour lors là cour, et j'allai descendre chez Villeroi, avec lequel je dînai et passai le reste de la journée. Le lendemain il me présenta au roi. Je me souviendrai toujours de l'attitude et de l'attirail bizarre où je trouvai ce prince dans son cabinet. Il avait l'épée au côté, ime cape sur les épaules, une petite toque sur la tête , un panier plein de petits chiens pendu à son cou par un large ruban ; et il se tenait si immobile, qu'en nous parlant, il ne remua ni tête, ni pieds, ni mains. Il commença par laisser évaporer toute sa bile contre la Ligue, dont il me fit juger, à son emportement, qu'il avait reçu quelque nouvel affront, et traita de son luiion avec le roi de Navarre comme d'une