LIVRE SECOND. l'y -y
chose dont il sentait toute l'utilité : mais un reste cje crainte lui faisait toujours ajouter qu'il la regardait comme impossible tant que le roi de Navarre persisterait à ne vouloir point changer de religion. Je pris la parole, et je répondis au roi : Qu'inutilement on proposersyt cet expédient au roi de NaJK(|3frc^ parce qu'en le suivant, il agirait contre sa conscience; maisjque, quand il serait capable de le faire, cela ne produirait pas ce que sa majesté en espérait, parce que le mobile qui remuait la Ligue n'était ni l'amour du bien public, ni celui de la religion: qu'il arriverait donc que, par cette action précipitée, le roi de Navarre perdrait tous les secours qu'il pouvait espérer des réformés, sans que pour cela il détachât un seul homme de la Ligue; qu'au contraire tant de faiblesse ne ferait qu'accroître l'orgueil de leurs ennemis communs. Le roi répliqua, et je persistai toujours à soutenir que le roi de Navarre, en embrassant le moyen proposé, ne lui apporterait que sa seule personne; au lieu qu'en lui tendant les bras dans l'état où il était, et sans exiger le sacrifice de sa religion, on fortifiait le parti du roi d'un corps puissant dans l'état. Je parlai dans les mêmes termes à la reine-mère, et je sentis que l'un et l'autre demeuraient d'accord de la force de mes raisons, mais que la crainte du changement que pouvait produire leur union avec un princç
de la religion était tout ce qui les retenait. Je ne désespérai pas de les amener jusqu'à frapper ce grand coup; et par la manière non-seulement gracieuse, mais encore franche et ouverte, dont leurs majestés agirent avec moi, j'eus lieu de me flatter de réussir.
Je les laissai dans ces bonnes dispoàttions, pour aller conférer à Paris avec les députés suisses. Je n'eus pas tant de peine à les amener à mon but : il ne m'en coûta qu'un peu de dépense en bonne chère, et surtout en vin, moyennant quoi ils promirent sans restriction un secours de vingt mille Suisses, dont quatre mille seulement resteraient en Dauphiné, et les seize autres mille se- ^ raient employés pour le service et au gré des deux rois. Le roi me confirma encore , par MM. de Lénoncourt , de Poigny et Brulart , qu'il n'avait point changé de sentiment, et qu'il désirait passionnément l'union. Le roi de Navarre ne la souhaitait pas moins fortement. Dans les dépêches que je recevais de lui presque tous les jours , il m'exhortait à mettre tout en œuvre pour la faire réussir, et même à sacrifier pour cela quelque chose de son intérêt.
De retour à Saint-Maur, et après avoir rendu compte au roi de mon voyage, je mis sur le tapis la question de l'emploi qu'on devait faire des seize mille Suisses , et de la route qu'on leur ferait