‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 83 sur 231 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I

tenir. Le roi demanda qu'il put les faire passer dans les environs de Paris, et même s'en servir, s'il en avait besoin, contre la Ligué. Je sentis l'inconvénient qui pouvait naître de cet arrangement, et je ne me relâchai sur cet article qu'après en avoir reçu un commandement exprès du roi de Navarre, qui né jugea pas que pour si peu on dût manquer l'accommodement. On verra bientôt si cet article était aussi frivole qu'on l'imaginait, et ce qui arriva de cette mauvaise complaisance.

Le traité ayant été fait entre les deux rois sous les conditions qu'on vient de voir, je ne songeai plus qu'à quitter la cour. Je laissai seulement Marsillière à Paris, sous ombre de poursuivre la négociation entamée; mais il ne m'avait suivi que pour passer en Allemagne à la première occasion favorable, par le moyen de MM. de Clairvant ' et de Guitry, afin d'y faciliter l'envoi d'un corps de troupes allemandes , que les protestans de ce pays avaient promis au roi de Navarre. Marsillière exécuta heureusement ce dessein. Pour moi, après avoir demeuré huit jours seulement à Rosny avec mon épouse, je rejoignis le roi de Navarre, très-satisfait du succès de ma commission.

Ce prince ne put se résoudre à demeurer res-

' Claude-Antoine de Vienne , sieu^jjÉ Ciairvant.

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serré et inutile dans la Rochelle. Il fit tant, qu'il obtint des Rochellois douze cents fantassins, deux cents chevaux et trois canons, qu'il donna au duc de La Trimouille, pour aller prendre Tabnont, qu'il ne pouvait souffrir entre les mains des ennemis. Je suivis le duc de La Trimouille avec Mignonville, FouqueroUes, Bois-du-Lys et quelques autres officiers , et on me remit le soin de l'artillerie. Nous saisîmes d'emblée le bourg, qui est sans fortifications , et nous attaquâmes aussitôt le château. Les murs en étaient assez bons, mais sans nuls ouvrages extérieurs. Maronière , qui en était gouverneur, quoiqu'il ne s'attendit pas à être attaqué, comptait sur un prompt secours, que Malicome * s'était engagé à lui amener ; ce qui nous détermina à presser vivement la place. Le trajet de Talmont à la Rochelle par mer n'est que de six heures de chemin; je m'embarquai pour aller chercher de la poudre , dont je n'avais pas une assez grande provision, et pour avertir le roi de Navarre que nous réussirions difficilement avec le peu de monde que nous avions. Ce prince leva promptement , aux environs de la Rochelle, deux mille hommes, qu'il mit sur trois vaisseaux. Nous nous vîmes pendant deux jours en danger de périr. Enfin nous arrivâmes à Tal-

' Jean de SourcheÉBfeur de Malicome.

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