‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 84 sur 231 · LIVRE SECOND. . 1 8 ï · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. . 1 8 ï

mont; les trois vaisseaux y mouillèrent l'un après l'autre; et les assiégés, apprenant que le roi de Navarre conduisait l'attaque en personne, se rendirent entre ses mains.

C'était faute d'argent que Malicorne n'avait point amené de secours au gouverneur de Talmont. Le roi de Navarre, se voyant délivré de cette crainte , mena ses troupes attaquer Chizay. FayoUe , qui y commandait , se défendit parfaitement , et ne laissa pas inutile une coulevrine, qui était la seule pièce d'artillerie qu'il eût dans sa place; il ne se rendit qu'après qoJIJ^M^vit manquer de tout. Je remarque, cotiMke^^^e chose singulière, que, Madame ayant envoyé son maîtred'hôtel porter un billet au roi son frère, un boulet de cette coidevrine entra âans le corps du cheval par le fondement, et ressortit par le poitrail , sans renverser le cheval , qui demeura debout plus d'un demi-quart d'heure.

Un autre coup d'arquebuse causa un malheur bien plus grand. Un gentilhomme, chargé verbalement d'affaires importantes, s'étant approché du roi de Navarre, à peine avait-il prononcé, qu'il venait d'Heidelberg , de la part de MM. de Clairvant et de Guitry, que, sans lui laisser le temps d'en dire davantage , une balle lui donna dans la tête , et le renversa mort aux pieds de ce prince. Cet officier venait l'avertir q^ie les reîtres et les

iSa . MÉMOIRES DE SULLY.

autres troupes protestantes d'Allemagne étaient prêtes à entrer en France, et lui demander par quel endroit il jugeait à propos qu'on les fît marcher. Les uns voulaient qu'on les fît entrer par la Lorraine, où la Ligué avait le plus de pouvoir ; les autres soutenaient qu'il fallait qu'ils prissent leur route par le Bourbonnais , de là par le Berri et le Poitou, en côtoyant la Loire: MM. deMont^ morency et de Châtillon * opinaient pour les engager en Languedoc et le long du Rhône. On n'a jamais vu un si grand partage de sentimens ; et le malheur -^irôulut que le plus mauvais de tous l'emportât^ t?èst-à-dire l'avis de les faire entrer dans la Beauce, sans doute parce que le roi de France ne voulait pas les éloigner de lui, afin de pouvoir s'en servir au besoin contre la Ligue , ou du moins pour lui donner de l'ombrage. Le roi de Navarre ne l'aurait apparemment pas souffert ; mais l'accident qu'on vient de voir fit qu'il ne fut pas même instruit de toutes ces contestations.

Ce prince prit avec le même bonheur Sanzay , ensuite Saint-Maixent. Le bruit de cinq ou six canons, dont l'usage avait été fort rare jusque-là dans les sièges , produisit cet effet. Il profita de sa bonne fortune, et lorsqu'il se vit renforcé de deux cents chevaux, et de quinze cents hommes qu€

' François de Coligny, fils de l'amiral.

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