LIVRE SECOND. ïSî
lui amenèrent le prince de Condé et le comte de La Rochefoucault ' , qu'il venait de fail^ colonelgénéral de son infanterie, il crut pouvoir entreprendre le siège de Fontenai, la seconde place de Poitou, quoiqu'il n'ignorât pas^qu'il y avait dans cette place un brave gouverneur avec une forte garnison. Ce gouverneur, nommé La Roussière, voulut défendre, non-seulement la ville, mais encore le faubourg des Loges, plus grand et plus riche que la ville même, et revêtu par dehors d'un large fossé, auquel il joignit de fortes barricades qui fermaient l'entrée de ce faubourg. Le roi de Navarre fit attaquer la tête du faubourg dans une nuit fort noire, par La Rochefoucault, ■4ê hi tête de quarante gentilshommes. Je me joifpou avec MM. de Dangeau ^ , de Vaubrot , d' Avantjgny, de Challandeau, de Feuquières, de Brassens^ , Le Chêne et deux ou trois autres ; et nous nous attachâmes à un côté des barricades , pour les renverser ou pour les franchir , la pique à la main et les pistolets à la ceinture. Nous fumes repoussés trois fois , Vaubrot , Avantigny et moi ; nous entraînâmes sur nous , en retombant , cinq ou six barriques pleines de fumier, sous lesquelles nous pensâmes demeurer engagés ; mais ceux qui
' François de La Rochefoucault, prince deMarsillac, fils d« celui qui avait été tué à la Saint-Barthélemi ; il fut tué en iSqi. * Louis de €ourcillon de Dangeau.
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étaient à côté de nous ayant forcé en ce moment leurs barticades, nous nous relevâmes à la faveur de cet effort; et les ennemis, nous voyant les maîtrèà de la barricade, ne songèrent plus qu'à se retirer après y avoir mis le feu , de peur qu'en les poursuivant de trop près, nous n'entrassions pêlemêle avec eux dans la ville.
Nous nous logeâmes tous dans les deux plus belles maàSM» du fauboiarg, où nous trouvâmes en même temps la commodité et l'abondance. La seule incommodité que nous recevions venait de la mousqueterie de la place, qui de dessus la terrasse de la grande porte enfilait toute la rue , et rendait l'entrée de Ja maison du roi et des nôtres fort périlleuse : avec cela les batteries des reÉB^ parts dominant sur les avenues de ce faabioav|^, rien ne pouvait y entrer qu'en essuyant de cùùit' nuelles décharges. Un jour que je traversais la tiie pour entrer de ma maison dans celle du roi , qui était la plus belle de tout le faubourg, une balle vint s'aplatir contre mon casque, dans le moment que Liberge, mon valet de chambre, venait pour me l'attacher. Je fis aussitôt tendre une corde dans le travers de la rue, et parle moyen de draps que j'y attachai, je dérobai du moins aux assiégés la vue des allans et venans. Ensuite on s'appliqua sans relâche à la tranchée et à la sape. Le roi de Navarre s y donna des peines incroyables , et con-