LIVRE SECOND. I
duisit lui-même les mineurs, dès qu'une fois il eut pris toutes les précautions contre les secours qui pouvaient arriver du dehors. Les ponts , les passages et toutes les routes qui conduisaient à la ville furent exactement gardés, et très-avant dans la campagne. Une nuit que j'étais de garde avec vi^igt cavaliers à un gué de rivière, j'entendis au loin un bruit de chevaux et de ferremens qui ne me laissa point douter que je ne fusse bientôt attaqué. Ce bruit cessa quelques instans, puis recommença avec plus de force, et se fit entendre si proche, que je me mis sur la défensive. Je laissai approcher la troupe, afin de tirer à bout portant; mais, prêt à faire ma décharge, je m'aperçus que ce qui m'avait donné une alarme si chaude n'était qu'une horde de chevaux et de jumens qui erraient dans toute cette plaine, et venaient chercher l'eau de la rivière. Je fus le premier à rire de cette aventure, mais intérieurement je me sus fort bon gré d'avoir ordonné à celui que j'envoyais chercher du secours de ne partir qu'après que le combat serait engagé.
Mon principal emploi à ce siège fut de conduire l'artillerie. La sape se trouva enfin poussée si avant, qu'on pouvait entendre de dedans les logemens des mineurs, la voix des soldats qui gardaient les parapets : et ce fut le roi de Navarre qui s'en aperçut le premier. Il pîU'Ia, et se fit connaître aux
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assiégés, qui demeurèrent si surpris quand il se fut nommé à eux du fond de ces souterrains, qu'ils demandèrent à capituler. Les propositions ne s'en firent point autrement que par cette étrange voie; les articles en furent dressés, ou plutôt dictés par le roi de Navarre : la sûreté de sa parole était si connue des assiégés, qu'ils ne voulurent point d'écrit. Ils n'eurent pas lieu de s'en repentir : le roi de Navarre , charmé de la noblesse de ce procédé, accorda tous les honneurs à la garnison , et préserva la ville du pillage. Une femme de la ville, qui avait fait tuer un porc gras le jour que la capitulation fut faite, apprenant que la garnison s'était rendue, imagina un plaisant stratagème pour dérober sa proie à l'avidité du soldat. Elle fit cacher son mari, et, enveloppant dans les linceuls l'animal mort, à l'aide de quelques amies, elle le mit dans une bière, et attira par ses cris tous les voisins. L'appareil lugubre d'un cercueil les instruisit du sujet qu'avait la prétendue veuve de se lamenter de la sorte. Les prêtres y furent trompés comme les autres : il en vint un qui conduisit le convoi au travers des faubourgs dans un cimetière hors la ville , avec la permission du roi de Navarre. Les cérémonies achevées et la nuit venue, des gens apostés par cette femme vinrent déterrer le mort, et se disposaient à le reporter dans la. ville; mais ils furent