‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 87 sur 231 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

aperçus par quelques soldats, qui entreprirent de les chasser, et ayant découvert la vérité, se saisirent de la proie. On juge bien qu'ils ne gardèrent pas le secret; ce n'en était plus un dans la ville : un prêtre à qui cette femme , pressée par les remords de sa conscience, s'en était ouverte, avait déjà répandu partout cette aventure.

Le roi de Navarre, laissant le sieur de La Bouky^' gouverneur dans cette place, alla se saisir de l'abbaye de Maillezais , dont il trouva la situation si avantageuse, qu'il forma le dessein d'en faire uiie place régulière : il m'en fit tirer le plan , et le donna à garder à Davailles, parent de La Boulaye. Ses troupes se saisirent encore de Màuléon, ensuite du cKâteau de la Garnache, d'où M. de Genevois * chassa sa propre mère : elle se retira à Beauvais^ ^jaietite ville sur le côté de la mer, où son fils la poursuivit encore; mais pour

' Charles Échalard , sieur de La Boulaye.

* D'Aubigné explique mieux ceci, tome 3, liv. i, chap. 10. a La dame de La Garnache , dit-il , sœur du duc de Rohan , « tenait la ville de la Garnache et le château de Beauvais sur « mer, en neutralité. Son fils, nommé le prince de Genevois^ « pour sa prétention du mariage de sa mère avec le duc de « Nemours, s*étant saisi de la Garnache par Tintelligence des.

« domestiques , entreprit aussi sur Beauvais ; mais il se

« trouva prisonnier de sa mère. La cadence de tout cela fut « que le roi de Navarre se mêlant de sa liberté, l'obtint, et « par le même moyen la place, etc. »

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cette fois il tomba lui-même entre ses mains ; et elle le fit à son tour prisonnier de guerre.

Je ne me trouvai point à ces sièges. Les tristes nouvelles que je reçus de Rosny m'obligèrent à y faire un voyage. J'avais obtenu pendant mon séjour à Saint-Maur une sauvegarde pour mon château et mes biens de Rosny , et tous les passeports nécessaires pour m'y rendre toutes les fois que je le jugerais à propos : ce qui me tranquillisait par rapport à mon épouse , dans un temps où toutes les violences étaient autorisées contre les protestans. J'appris que ce bourg venait d'être presque totalement dépeuplé par la peste. Ma fomme y avait perdu la plus grande partie de ses domestiques, et la peur l'avait fait enfuir dans la forêt voisine, où elle avait passé deux jours et deux nuits dans son carrosse. Elle était alors réfugiée dans le château de Huets, appartenant à madame de Champagnac, ma tante, qui n'en est pas fort éloigné. La joie qu'elle ressentit de me savoir si proche d'elle céda à la frayeur du danger que je courais en venant me mêler avec des pestiférés, et elle crut m'obliger à m'en retourner, en faisant fermer sur moi les portes du château. Elle avait trop be;Soin de secours et de consolation pour être abandonnée en cet état. J'entrai malgré sa résistance; et je demeurai un mois dans cette maison, n'ayant avec moi que deux gen-

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