LIVRE SECOND. IqS
Cherchant à éclaircir mes soupçons par une autre voie que celle des conférences auxquelles j'assistais avec le roi , j'en liai de particulières par son ordre avec mesdames d'Uzès et de Sauves, qui connaissaient mieux que personne l'intérieur de Catherine , et qui m'aimaient au point de ne me nommer jamais 4|iitrement que leur fils. Pour mieux savoir ce qu'elles pensaient, je feignis d'être assuré de ce que je ne faisais que conjecturer; et je me plaignis de ce que la reine-mère cherchait par toutes sortes de moyens à sacrifier le roi de Navarre à la Ligue. Ces deux dames m'avouèrent confidemment qu'elles croyaient que la religion ne servait que de prétexte à Catherine, et que les choses étaient au point que le roi de Navarre ne devait plus songer à en sortir que les armes à la main. Elles m'assurèrent ensuite qu'elles ne voyaient qu'avec beaucoup de chagrin cette mauvaise volonté du conseil à l'égard du prince : et quoique dans cette cour, après la ga-
Cette entrevue de Saint-Brîx se fit le i5 septembre. «A « Saint-Brix, un jour allant à la chasse , et voulant montrer « que son cheval était plus vif que deux très-beaux chevaux « appartenansà Bellièvre, une bande de cochons derrière une « haie fil peur à son cheval, qui se renversa sur lui. Il demeura a sans connaissance , jetant le sanj; par le nez et par la bouche : « on l'enleva comme mort au château. Cependant, deux ou « trois jours après, il n'y parut pas. » Mém, deNevers, tome 2, page 588.
1^4 MEMOIRES DE SUIXT.
lanterie, on fit du mensonge sa prinpale étude, j'ai toujours cru ces paroles sincères.
Quelles que fussent les intentions de la reinemère * , elle s'en retourna sans avoir rien obtenu, et Joyeuse vint prendre sa place avec une armée. C'était un second mystère que I4 conduite d'une armée donnée à Joyeuse. ÉtaitK^e pour mortifier les chefs de la Ligue qui pouvaient y prétendre, ou même pour les détruire tout-à-fait, si le nouveau général eut réussi? Était-ce au contraire ses liaisons découvertes avec la Ligue qui avaient porté le roi à lui donner une place, où il se tenait assuré que cet ingrat périrait, ou du moins échouerait? Etait-ce simplement pour éloigner un favori à qui un nouveau venu avait fait perdre les bonnes grâces du roi ? Car souvent c'est une pure bagatelle , un rien qui produit les effets qu'on veut toujours attribuer aux motifs les plus graves. N'était-ce point plutôt pour relever l'éclat de sa faveur par le poste le plus honorable? Tel était l'esprit de la cour , que les conjectures même
' « Après un long entretien, comme la reine-mère lui de- « manda si la peine qu elle avait prise ne produirait aucun « fruit, elle qui ne souhaitait que le repos , il lui répondit : « Madame, je n'en suis pas cause; ce n'est pas moi qui tous « empêche de coucher dans votre lit ; c'est vous qui m'empén chez de coucher dans le mien : la peine que vous prenez « vous plaît et vous nourrit ; le repos est le plus grand ennemi « de votre vie. » Péréf. première partie.