LIVRE SECOND. IQ
le^ plus opposées trouvaient à s'appuyer sur d'égales vraisemblances. Une chose pourtant qui \ semble déterminer en faveur de la dernière , c'est que l'armée de Joyeuse était composée des principales forces du royaume; qu'elle était surtout remplie d'une noblesse d'élite, et abondamment pourvue de tout ce qui pouvait la rendre victorieuse.
Le roi de Navarre s'attacha principalement à mettre Saint-Maixent en état de défense : il y fit un voyage si précipitamment, que, succombant au sommeil et à la fatigue , il fut obligé , en s'en revenant à la Rochelle , de se jeter dans une charrette à bœufs , où il dormait comme dans le meilleur lit. Afin de ne pas consumer les vivres de Saint-Maixent , il avait ordonné aux deux régimens de Charbonnières ^ et des Bories ^ , nommés pour le défendre, de se porter à la Motte-Sain t-Éloi en attendant l'arrivée de l'ennemi. Tout cela ne put empêcher ni la prise de cette dernière place et de son château, ni celles de Saint-Maixent, de Maillezais et de plusieurs autres , non plus que la défaite de quelques compagnies , entre autres de celle de Despeuilles, qui fut emportée presqu'à la vue de la Rochelle. La manière cruelle dont se comportaient les vainqueurs rendait ces mal-
■ Gabriel , prévôt de Charbonnières.
" N des Bories.
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heurs encore plus sensibles. Tout ce qu'on pouvait faire pour s'en venger, était de tomber sur les tralneurs ou sur les maraudeurs pendant les marches de celle armée.
Un jour que le duc de Joyeuse la ramenait de Saintes à Niort , j'allai me poster avec cinquante chevaux dans la forél de Benon sur le grand chemin , cherchant l'occasion de faire quelque coup de main. Un soldat monté par mon ordre au haut d'un arbre , pour obser\*er l'ordre et les mouvemens de l'armée ennemie, nous dit qu'il voyait un détachement s'avancer à quelque inter\*alle des premiers bataillcms. Ceux qui m'accompagnaient voulaient qu'on fondit siu* ce détachement, qu'on pourrait peut-être enlever avant qu'il fut secouru. Cette proposition n'était pas de mon goût : je me souvins de la maxime du roi de Navarre, qu'on réussit rarement en attaquant un parti à la tête de toute une armée; je retins l'ardeur de ma troupe, qui brûlait d'envie d'en venir aux mains. Nous vîmes donc passer ce détachement , et après lui toute l'armée , dont nous pouvions facilement compter les bataillons. Les derniers rangs marchaient si serrés , que je jugeai moi-même qu'il n'y avait aucun coup à faire ; mais , comme nous étions près de nous retirer , notre sentinelle nous annonça deux petits escadrons de cinquante ou soixante chevaux, qui marchaient fort éloignés