‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 92 sur 231 · LIVRE SECOND. ig · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. ig

l'un de l'autre. Je voulais encore qu'on laissât passer le premier : il n'y eut pas moyen pour cette fois de contenir la troupe. Nous fondîmes sur les premiers , et nous les enfonçâmes ; douze ou quinze ^ restèrent sur la place, nous en fîmes autant de JP prisonniers, et le reste se sauva comme il put. Mais quel regret n'eus-je point de n'avoir pas suivi • mon opinion, lorsque je sus que cette secondé troupe était composée de cinquante des principaux officiers de l'armée catholique, ayant à leur tête le duc de Joyeuse lui-même , qui s'était arrêté à faire collation à Surgères! Lorsque je rendis compte de cette action au roi de Navarre^ il me dit en riant qu'il voyait bien que j'avais voulu épargner l'escadron du duc de Joyeuse en faveur de mes deux frères qui étaient avec lui.^L'un d'eux ayant eu envie de voir la Rochelle, je lui obtins un passe-port, et le conduisis partout. J'eus moimême occasion de faire un tour à Niort , où était l'armée des ennemis, pour convenir d'un combat proposé entre les soldats albanais de la compagnie du capitaine Mercure, et pareil nombre d'Écossais de celle de d'Ouïmes ; mais le duc de Joyeuse ne permit pas qu'il s'exécutât.

Je trouvai ce général sombre et inquiet : je devinai si bien le sujet de ses déplaisirs, que, m'ayant dit qu'il était sur le point d'aller jusqu'à Mon trésor, je ne balançai point à lui répondre d'un air

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à augmenter ses soupçons qu'il pourrait bien aller de là jusqu'à la cour. Il se tourna à cette parole vers mon frère , comme l'accusant d'avoir révélé ce qui s'y passait. Lorsqu'il sut qu'il n'en était rien , il s'imagina que sa disgrâce était certaine, puisque le bruit en était par\enu jusqu'à la Rochelle ; et je crois que cette pensée acheva de le déterminer à aller détruire par sa présence les cabales de ses en^ieux. Il n'en témoigna rien : au contraire, il reprit la parole froidement, et me dit que je me laissais tromper par mon trop de discernement. Il chercha à me persuader qu'il n'avait aucune intention de revoir Paris. Je me tins si assuré du contraire , que je revins promptement prendre avec le roi de Navarre les mesures nécessaires pour profiter d'une absence qui allait lais^ ser l'armée catholique sans chef; car je ne doutai point qu'une partie des officiers généraux ne fussent aussi du voyage. Effectivement Joyeuse ne fut pas plus tôt parti , que toute son armée , déjà assez mal disciplinée, vécut sans règle et sans commandement.

Le roi de Navarre , qui avait assemblé secrètement douze cents hommes tirés de ses garnisons, tomba si à propos sur les compagnies de Vie , de Bellemanière , du marquis de Resnel , de Ronsoy et de Pienne, et sur celle du duc de Joyeuse même, qu'il en trouva une partie au lit et l'autre

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