LIVRE SECOND. IloZ
pas mieux méritées. Aussi ne rempéchèrent-elles pas de ressentir vivement la déroute de son armée, dont il fut bientôt informé. Il chercha tous les moyens de réparer cette perte : ce qui ne lui fut pas bien difficile, dans les dispositions où était le roi à son égard. Son arrivée avait dissipé toutes les menées de ses jaloux, et le faiWe que Henri avait pour lui ayant porté sa faveur' au plus haut point, on ne lui refusa rien. Tous les courtisans s'attachèrent à lui , et il reprit lé chemin de la Guienne, avec la fleur de la noblesse française, pendant que plusieurs autres corps de troupes se rassemblaient séparément au rendez-vous qu'il leur avait marqué.
Ces différentes marches de gens de guerre ayant rendu les chemins peu sûrs, je ne trouvai point de moyen de repasser à la Rochelle qu'en rajustant la date de mon passe-port, qui était expiré. Avec cette supercherie, j'arrivai sans aucun accident auprès du roi de Navarre, que je trouvai occupé à prévenir l'orage terrible qu'il voyait prêt à fondre sur lui. Il ramassa tout ce qu'il put
' « Dans son ambassade à Rome, il avait été traité comme « frère du roi. Il avait un cœur digne de sa grande fortune. « Un jour, ayant fait attendre trop long-temps les deux se- « crétaires d'état dans l'antichambre du roi , il leur en fit ses « excuses, leur abandonnant un don de cent mille ccus que le « roi venait de lui faire. » Notes sur la Henriade,
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trouver de soldats dans le Poitou, l'Anjou, la Touraine et le Beny. Il manda au prince de Condé, au comte de Soissons , à ]\DI. de Turenne , de La Trimouille et La Rochefoucault , de lui amener tout ce qu'ils avaient de gens de guerre avec eux. D s'en fallait beaucoup que tous ces secours égalassent se^orces à celles du duc de Joyeuse ; ils ne le mettaient tout au plus qu'en état de s'ouvrir un chemin par la Guienne , le Languedoc et le Lyonnais, vers la source de la Loire, où il comptait pouvoir rencontrer les troupes auxiliaires d'Allemagne. Ce fut à cette jonction qu'il s'appliqua uniquement, tandis que Joyeuse n'avait pas encore toutes les troupes qui devaient le joinr dre. Ce prince s'avança donc avec son armée vers Montlieu, Montguyon et la Roche-Chalais, toujours observé et côtoyé par le général ennemi, qui, ayant pénétré son dessein , crut ne devoir point attendre l'arrivée du maréchal de Matignon , ni celle de plusieurs autres régimens qui appro^ chaient , de peur de laisser échapper une occasion que peut-être il ne pourrait plus recouvrer. Il était déjà, avec ce qu'il avait de monde, si supérieur au roi de Navarre, qu'on ne pouvait accuser ce conseil de témérité; et le prince, qui ne hasardait jamais une action d'éclat que forcé par la nécessité, au lieu de chercher à engager le combat , ne songeait qu'à mettre la rivière entre eux