‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 96 sur 231 · LIVRE SECOND. 2p · texte numérisé non relu

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deux, afin de continuer sa, marche sans obstacle, . et de gagner la Dordogne, sur laquelle il avait d'assez bonnes places pour arrêter la poursuite des ennemis.

Dans ces dispositions de part et d'autre, le roi de Navarre arriva au passage deClialais et d'Aubeterre. Le poste de Coutras lui parut important pour favoriser ce passage : il ne le parut pas moins à Joyeuse pour l'empêcher. Il envoya Lavardin s'en emparer; mais la Trimouille, plus diligent, le prévint, et s'y maintint après une escarmouche assez vive. Moyennant l'avantage de ce poste, le roi de Navarre crût pouvoir tenter le passage, et y fit travailler toute la nuit. Il se réserva le soin de faire passer les gens de guerre, et me donna, conjointement avec Clermont, Boisdu-Lys et Migdion ville, celui du bagage, et particulièrement de l'artillerie. Comme il était nécessaire d'user d'une extrême diligence, nous nous mîmes incontinent à travailler, ayant de l'eau jusqu'aux genoux. Une moitié était déjà sur l'autre bord , lorsque les batteurs d'estrade que le roi de Navarre avait envoyés pendant cette nuit à la découverte arrivèrent avec quelques prisonniers qu'ils avaient faits , et apprirent que Joyeuse , résolu de tout entreprendre pour forcer le roi de Navarre au combat, avait fait battre aux champs à dix heures du soir, et qu'il allait se trouver en

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présence, au plus tard sur les sqpt ou huit heures du matin.

Cette nouvelle fit juger au roi de Navarre que notre travail était non-seulement inutile, mais encore fort dangereux , parce que l'armée ennemie le trouvant occupé à ce passage, il ne pourrait éviter l'entière défaite de cette partie de la sienne, qui serait restée en-deçà de la rivière, où elle ne pourrait plus recevoir de secours de celle qui serait au-delà. Il donna donc ordre qu'on fit repasser promptement tout ce qui était de l'autre côté; et, en doublant notre peine, il nous ota encore Mignonville % dont il avait besoin. Quoiqu'il nous vît extrêmement faibles pour le travail qu'il nous "' donnait, il ne laissa pas de nous montrer une éminence sur laquelle il aurait bien souhaité que son artillerie fût placée , mais comme n'osant espérer que nous eussions le temps de gagner jusque-là. En effet on découvrait déjà la tête de l'armée ennemie. Heureusement Joyeuse, qui sans doute ne connaissait pas assez bien le terrain , ou se laissait trop emporter à son ardeur, avait donné

' Mignonville, qui fut tué bientôt après devant Nonancour, lorsque Henri IV força cette ville , était maréchal de camp , et excellent officier. Henri avait dans son armée un grand nombre de ces officiers subalternes d'un mérite et d'un talent peu communs. Tels étaient Monigommery, Bellezuns, Montausier, Vaudoré, des Ageaux, Favas , dont les historiens font mention avec éloge on parlant de cette bataille.

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